Un emploi pour tous ?
Gilles Raveaud
Alternatives Economiques n° 285 - novembre 2009
Est-il possible de mettre en place un programme permettant à chacun de travailler pour un salaire décent? Et qui, de plus, ne porte pas atteinte à la stabilité des prix, c'est-à-dire qui ne soit pas inflationniste?
Pour Larry Randall Wray, professeur à l'université du Missouri à Kansas City, un tel programme existe: il s'agit du "programme de service public", qui consiste à faire employer les chômeurs par le secteur public - c'est-à-dire non par l'Etat, mais par les associations, les universités, les collectivités locales, etc.
Wray donne l'exemple du Trésor de l'université du Missouri, qui émet des billets, appelés "Buckaroos". Chaque étudiant doit payer un impôt de 25 Buckaroos chaque semestre à l'université. Pour gagner cet argent, il doit rendre des services, en répondant aux offres d'emploi postées par diverses organisations locales à but non lucratif, auxquelles le Trésor de l'université fournit les Buckaroos et qui payent les étudiants un Buckaroo de l'heure.
Pour Wray, le Trésor des Etats-Unis émet une monnaie en tous points semblable aux Buckaroos: le dollar. Des dollars pourraient être imprimés et distribués aux organismes du tiers secteur en autant de quantité qu'il le faut afin de permettre à chacun d'occuper un emploi décent.
Certes, dira-t-on, mais le déficit du budget de l'Etat? Pour Wray, le déficit ne constitue pas un réel problème, puisque le gouvernement peut émettre autant de monnaie qu'il le souhaite. Or cette quantité supplémentaire de monnaie n'est pas inflationniste, puisque les chômeurs sont embauchés à un salaire plafond (qui est de l'ordre de 6 dollars de l'heure), ce qui évite toute hausse des coûts de production. Pour Wray, ce ne sont pas les déficits que la société ne peut pas se permettre, mais le chômage!
Loin de ce programme utopique, le consensus semble se faire actuellement à Washington en faveur d'une mesure plus modeste, celle d'une diminution d'impôt pour les entreprises qui créent des emplois. Incluse dans le programme d'Obama puis abandonnée, cette mesure avait été souhaitée par de nombreux économistes influents, tels Dani Rodrik, Edmund Phelps ou Robert Reich. Mise en oeuvre pour la dernière fois à la fin des années 1970, elle aurait permis la création de 700 000 emplois.
Robert Solow, quant à lui, insiste sur l'importance de l'innovation. Il demande à Barack Obama de modifier les incitations, pour décourager la consommation et encourager l'investissement. Pour Alan Blinder, ancien conseiller de Bill Clinton, il convient surtout d'investir dans l'éducation supérieure, afin d'éviter les délocalisations qui menaceraient jusqu'à 25% des emplois américains. Blinder est rejoint par Paul Krugman, qui observe que la crise oblige les autorités locales à supprimer des postes d'enseignants, quand il faudrait au contraire augmenter leur nombre, ainsi que le montant des bourses, les étudiants américains ayant beaucoup plus de risques que les étudiants français de devoir abandonner leurs études en raison de leur impossibilité à les financer.
Mais comme le note Robert Reich, ancien ministre du Travail de Clinton, toute réforme réelle est impossible, les termes du débat étant posés à Washington par les intérêts de Wall Street et des entreprises, intérêts d'autant plus difficiles à ignorer par le gouvernement qu'ils sont souvent portés par d'anciens membres du parti démocrate. Dans le cas de la santé, les lobbies vont même jusqu'à dénoncer l'attitude "prédatrice" de l'Etat, qui veut mettre hors-jeu les assurances santé privées inefficaces. Mais comme le note le journaliste Thomas Frank, le réel Etat prédateur, c'est celui qui capte les ressources publiques pour les mettre au service de quelques-uns, ainsi que l'a expliqué James Galbraith. Pas celui qui adopte des politiques contribuant au bien-être de tous.
Gilles Raveaud
Alternatives Economiques n° 285 - novembre 2009
-
Abonnement et réabonnement
-
J'achète un numéro -
Inscription à la newsletter -
Forfait de consultation de 30 articles pendant 48H -
Extension d'accès aux archives -
Cédérom d'archives -
Mon espace personnel -
Tous les livres de la collection Alternatives Economiques
-
Collection pédagogique
- Qui sommes-nous ?
- L'association des amis d'Alternatives Internationales
- Conditions générales de vente



























Commenter cet article










