Ukraine : une présidentielle entre Bruxelles et Moscou

Emmanuelle Armandon, Docteur en science politique, directrice des études de la filière Hautes études internationales (HEI) de l'INALCO | Alternatives Internationales n° 045 - décembre 2009
couverture
Climat : comment enrayer le réchauffement?
L'un des principaux pays de transit du gaz russe vers l'Europe
Pour aller plus loin

Viktor Iouchtchenko a peu de chances d'être réélu en janvier. En campagne, son premier ministre Ioulia Timochenko, dite "pro-européenne", et Viktor Ianoukovitch, "favori" du Kremlin, nuancent leur politique étrangère.

En partenariat avec le Centre d'Etudes et de Recherches Internationales (CERI)

Cinq années après la "révolution orange" qui avait porté Viktor Iouchtchenko à la tête du pays, les Ukrainiens sont appelés aux urnes, le 17 janvier 2010, pour le premier tour de l'élection présidentielle. Dix-huit candidats ont été enregistrés par la Commission centrale électorale. Parmi lesquels les protagonistes de la "révolution orange": ses deux leaders, le chef de l'Etat Viktor Iouchtchenko et le premier ministre Ioulia Timochenko, l'ancienne alliée et désormais adversaire du président, ainsi que leur principal rival lors de l'élection de 2004, l'ancien premier ministre et leader du Parti des régions, Viktor Ianoukovitch. Selon de récents sondages, avec seulement 2 à 4% des intentions de votes, le président sortant n'a quasiment aucune chance d'atteindre le second tour du scrutin. Celui-ci devrait mettre aux prises Viktor Ianoukovitch, qui bénéficie pour l'instant du soutien de 23 à 33% des électeurs, et Ioulia Timochenko, créditée de 15 à 22% des intentions de vote.

Lancée en octobre, la campagne se mène sur fond de lutte politique chronique - depuis la scission du "camp orange" en 2005 - entre le président et le premier ministre, de grave crise économique et de règlements de compte entre rivaux. La course à la pré­sidence a débuté par un scandale: un député du Parti des ré­gions a accusé des membres de l'équipe de Ioulia Timochenko d'être mêlés à des affaires de pédophilie et de viol qui auraient eu lieu dans le camp de vacances d'Artek, en Crimée.

En novembre, l'épidémie de grippe A est instrumentalisée par les principaux candidats et le pré­sident qui se reprochent mutuellement de ne pas avoir pris les mesures appropriées ou de semer la panique au sein de la population à des fins électoralistes. La gestion de la crise financière qui affecte durement le pays est une autre pomme de discorde entre les prétendants à la présidence.

Une lettre du président russe

La politique étrangère ne devrait pas tarder à faire son apparition dans les débats. Le rapport à la Russie fera sans doute partie des facteurs qui pèseront sur le choix des électeurs. Les relations ukraino-russes n'ont cessé de se détériorer depuis la "révolution orange" et le conflit russo-géorgien de l'été 2008. La volonté du pouvoir ukrainien d'intégrer l'Otan, les crises gazières à répétition, les désaccords sur le retrait de la flotte russe de la mer Noire prévu pour 2017, les divergences d'interprétation de l'histoire (notamment de la grande famine des années 1930) ou encore la place de la langue russe en Ukraine sont autant de sources de tensions récurrentes entre les deux pays. Dans une lettre à son homologue ukrainien en août 2009, le président russe, Dmitri Medvedev, n'a pas hésité à qualifier d'"antirusse" la politique des autorités de Kiev. Des études d'opinion montrent qu'une majorité d'Ukrainiens sont pour une amélioration et un approfondissement des relations avec la Russie (1). Défendue par Viktor Ianoukovitch, cette position n'est pas éloignée de celle que devrait, semble-t-il, soutenir Ioulia Timochenko. Souvent qualifiée de pro-européenne, elle a récemment déclaré que la Russie était un "partenaire stratégique" pour l'Ukraine, "l'un de ses principaux partenaires commerciaux" et qu'"une politique de confrontation" avec Moscou était "insensée" (2).

Quant à Viktor Ianoukovitch, décrit plutôt comme le candidat favori de Moscou, il se prononce désormais pour une adhésion pleine et entière à l'Union européenne (3). Simples slogans préélectoraux destinés à rallier le soutien des électeurs du candidat adverse, ou signes annonciateurs d'un retour à une politique étrangère "multivectorielle" qui accorde autant d'importance aux relations de l'Ukraine avec la Russie et l'Occident? Il est encore difficile de le savoir.

(1) Ukrainian Center for Economic and Political Studies, National Security & Defence n° 4 /108 / 2009, pp. 72-84.

(2) Ibid., p. 45.

(3) http://yanukovych.com.ua/programparty.html

Emmanuelle Armandon, Docteur en science politique, directrice des études de la filière Hautes études internationales (HEI) de l'INALCO | Alternatives Internationales n° 045 - décembre 2009
 Notes

(1) Ukrainian Center for Economic and Political Studies, National Security & Defence n° 4 /108 / 2009, pp. 72-84.

(2) Ibid., p. 45.

(3) http://yanukovych.com.ua/programparty.html

 Commenter cet article
J'ai déjà un compte, je m'identifie :

Mot de passe oublié?

Je n'ai pas de compte, je m'inscris :
Première visite !



mot de passe oublié ?  



 Acteurs et opérateurs
 de l’insertion par l’activité économique
 

 Partenaires de l’insertion
 par l’activité économique
 

  Abécédaire de l’insertion
 par l’activité économique
 

<a href="Inscription-newsletter_fr_08.html"><img src="pics/fr/newsletter.gif" alt="Inscription newsletter">
Saisissez votre email :


Je m'abonne et je commande



  • Offres enseignants
  • Offres institutions
  • Offres étudiants

  •  

<a href="page.php?rub=99"><img src="pics/fr/mes-achats.gif" alt="Mes achats">

Abonnements : 12 rue du Cap Vert 21800 Quetigny - Tel 03 80 48 10 25 - Fax 03 80 48 10 34 - abonnements@lettre-insertion.net
Rédaction - La Lettre de l'Insertion : 28, rue du Sentier, 75002 Paris - 01 44 88 28 90 - redaction@lettre-insertion.net

La lettre de l'insertion/Articles/Ukraine : une présidentielle entre Bruxelles et Moscou ( n°045 )