Relance Fillon : au-delà de la com’
Philippe Frémeaux
Dossier Web n° 005 - avril 2010
Malgré les effets d'annonce du Premier ministre, le plan de relance du gouvernement manque d'ambition et d'équité. Développer l'investissement public n'est pas suffisant, il faut également soutenir le pouvoir d'achat et la consommation populaire.
François Fillon, le Premier ministre, a profité d'un comité interministériel pour l'aménagement et le développement du territoire pour annoncer lundi 2 février, à Lyon, le lancement des 1 000 premiers projets inclus dans le plan de relance, sitôt le projet voté par le Parlement. Le gouvernement semble avoir compris que la réussite de son plan, au-delà des montants engagés, dépendra aussi largement de sa vitesse d'exécution…
Cette annonce vient à point nommé après la journée de grève de jeudi dernier et avant l'explication de texte que le Président compte délivrer aux Français jeudi 5 février, sur TF1 et France 2. Les mauvaises langues diront que tous ces projets étaient déjà dans les tiroirs, et que l'annonce de leur lancement tient largement de la com', mais ne chipotons pas, le gouvernement montre qu'il agit, qu'il injecte de l'argent dans l'économie, en soutenant l'activité du bâtiment et des travaux publics via des investissements dans le logement, les infrastructures routières, ferroviaires ou fluviales, les universités, les ports ou les prisons…
Reste que, le même jour, on annonçait que le chômage avait encore touché 45 000 personnes supplémentaires en décembre. Raison de plus pour agir répondra le Premier ministre. Et sur ce plan, nul n'aurait idée de le critiquer. En revanche, au vu de la dégradation rapide de la situation de l'emploi, le gouvernement est soumis à une double critique dans son traitement de la crise, critique qui émane aussi bien des syndicats de salariés que de l'opposition parlementaire. La première critique porte sur l'insuffisante équité des mesures adoptées. La seconde sur leur efficacité.
C'est qu'il est bien difficile d'agir pour Nicolas Sarkozy et son gouvernement, tant les mesures qui seraient aujourd'hui nécessaires entrent en contradiction avec la politique suivie depuis 2007. Les baisses d'impôts pour les plus riches ? Elles apparaissent désormais comme une insulte pour les victimes d'une crise largement liée à la cupidité d'une minorité de très hauts revenus ; les subventions aux heures supplémentaires ? Elles sont hors de saison à l'heure où le chômage revient ; Le revenu de solidarité active ? Il ne profitera qu'aux personnes qui trouveront des miettes d'emploi, alors que la priorité désormais est d'éviter que les chômeurs s'enfoncent dans la pauvreté.
Que faire, alors ? Développer l'investissement public est une très bonne chose, mais il faut aussi soutenir directement le pouvoir d'achat et la consommation populaire, en améliorant l'indemnisation du chômage et en développant les emplois aidés. L'Etat doit oser se substituer temporairement au secteur privé, défaillant, et créer des emplois afin de faire revenir la confiance indispensable à la bonne marche de l'économie, comme l'avait fait le gouvernement de Lionel Jospin avec les emplois jeunes, en 1997. N'oublions pas que l'emploi dépend d'abord de la consommation, qui demeure la première composante de la demande. Le gouvernement répète que soutenir la consommation, c'est donner du travail aux Chinois. Quel discours défaitiste ! Non seulement l'économie française est dominée par les services, produits et consommés sur place, mais nous demeurons une grande puissance industrielle. Surtout, nous ne sommes plus en 1981, aujourd'hui, l'ensemble des grands pays européens soutiennent leur activité. Comme l'économie européenne est très peu ouverte sur l'extérieur, tout euro injecté par nous et nos voisins profite à tous, France incluse.
Philippe Frémeaux
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