Profiler les chômeurs
La lettre de l'insertion n° 140 - octobre 2007
Profileur : le terme – et le métier – est en train de migrer des romans policiers (où le profileur joue toujours un rôle décisif pour coincer les tueurs en série) vers les chômeurs. Depuis près d’un an, en effet, tout demandeur d’emploi qui va s’inscrire à l’Assedic est « profilé », c’est-à-dire classé dans une case en fonction de son « risque statistique » de rester plus ou moins longtemps au chômage. Si le risque est important (faible formation, âge élevé, reprise d’emploi après longue interruption, absence d’expérience professionnelle, antécédents marqués par de l’instabilité et du chômage récurrent), le demandeur d’emploi est classé en « parcours P3 », ce qui permettra à l’ANPE de lui assigner un parcours avec prestations renforcées et accompagnement, le conseiller chargé d’élaborer le Projet d’action personnalisé (PAP) pouvant cependant, en fonction de l’entretien, lui assigner un autre parcours s’il le juge mieux adapté.
Le but du profilage vise donc à détecter de façon précoce les chômeurs de longue durée potentiels, afin de leur proposer d’entrée de jeu un traitement plus adapté, de manière à ce qu’ils ne stagnent pas dans le chômage. Mais il s’agit aussi d’éviter autant que possible « l’écrémage » en faveur des demandeurs les plus employables, tentation bien naturelle pour améliorer les résultats apparents de l’agence locale. Davantage d’efficacité et davantage d’équité : comment contester le profilage ? Sauf que les exemples étrangers donnent à réfléchir (1). Aux Etats-Unis, le profilage sert à économiser des sous pour l’assurance chômage : seuls les demandeurs d’emploi indemnisés (qui coûtent plus cher) sont profilés. Aux Pays-Bas, il permet de déterminer à quels acteurs privés confier le placement de chaque type de demandeurs d’emploi et à quel tarif. On peut légitimement se demander si la motivation profonde des Assedic à profiler les chômeurs n’est pas également celle-là.
Enfin, le profilage n’est pas toujours efficace, notamment parce que les erreurs de classement sont assez fréquentes : en France, selon l’Unedic, un quart des demandeurs d’emploi indemnisés (et un sixième des non-indemnisés) classés dans le profil 1 (probabilité forte de retour rapide à l’emploi) sont toujours au chômage six mois après. Car, si la logique du profilage consiste à favoriser le rapprochement entre une personne en recherche d’emploi et un poste libre, rien ne dit que le poste en question existe, ou, s’il existe, que les conditions de travail, le salaire, la nature et la durée du contrat correspondent aux desiderata de la personne. Le chômage résulte aussi de l’insuffisance du nombre d’emplois, les économistes ont un peu tendance à l’oublier.
La lettre de l'insertion n° 140 - octobre 2007
Notes
(1) Voir « Profiler les chômeurs ? », Connaissance de l’emploi n° 44, Centre d’études de l’emploi, juillet 2007 et « Le profilage : outil statistique et/ou mode de coordination », par Nathalie Georges, Document de travail n° 72, Centre d’études de l’emploi, novembre 2006. Les deux documents sont disponibles sur www.cee-recherche.fr
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