Paris-province: le fossé demeure
Antoine de Ravignan
Alternatives Economiques n° 289 - mars 2010
- Le chômage , Alternatives Economiques Poche n° 043.
Les grandes métropoles, et les capitales en particulier, concentrent les fonctions de dirigeants, banquiers, experts, penseurs, artistes… Le constat est, depuis Babylone, banal et universel. Certes, mais dans quelles proportions et comment cela a-t-il évolué au cours des dernières décennies?
Part des emplois dits métropolitains dans l'emploi total des villes de plus de 50 000 habitants en 2006
Pour y voir plus clair, l'Insee a étudié la localisation des emplois de cadres et professions intellectuelles supérieures dans des fonctions qui ne dépendent pas strictement d'un territoire (1): un architecte de Montpellier peut avoir un client à Dijon, à la différence d'un agrégé d'histoire attaché à ses élèves ou un chef de clinique à ses malades. Ces fonctions dites "métropolitaines" recouvrent les emplois de la culture et des loisirs, de la gestion (cadres administratifs des entreprises, banquiers, assureurs…), de la recherche et de la conception, des "prestations intellectuelles" (ingénieurs-conseils, avocats…) et du commerce interentreprises. Les cadres de ces fonctions étaient 2,3 millions en France selon le recensement de 2006, soit à peu près un emploi sur dix, dont un million dans l'agglomération parisienne.
La part de ces cadres des fonctions métropolitaines (CFM) dans l'emploi permet, indique l'Insee, d'apprécier "l'insertion des villes dans l'économie de la connaissance et leur rayonnement décisionnel". A cette aune, Paris caracole en tête (18%), suivi (de loin) par Lyon, Toulouse et Grenoble.
Trente années de politiques de développement régional depuis le lancement de la décentralisation n'ont guère corrigé ce déséquilibre. Entre 1982 et 2006, la part des CFM a progressé dans toutes les villes françaises, du fait de la tertiarisation de l'économie, mais c'est dans l'agglomération parisienne que cette proportion a le plus augmenté. Sur les 65 zones de plus de 50 000 emplois, l'écart Paris-province a stagné, voire s'est creusé, dans 44, et il ne s'est significativement réduit que dans une poignée de grandes villes (Toulouse ou Rennes) ou de villes jouissant de fortes spécificités locales (Grenoble ou Niort).
Antoine de Ravignan
Alternatives Economiques n° 289 - mars 2010
Notes
(1)
"Répartition géographique des emplois", Insee Première n° 1278, février 2010 (www.insee.fr).
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