Les Européens doivent faire des propositions à Obama


Christian Lequesne
Article Web - 04 février 2009
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Les pays européens ne peuvent se contenter d'attendre de voir ce que le Président américain peut avoir à leur proposer. Ils doivent prendre les devants, en matière de protection sociale, de régulation économique et de politique étrangère notamment.

Par Christian Lequesne, directeur du Céri à Sciences po. Il a récemment publié La France dans la nouvelle Europe. Assumer le changement d'échelle, coll. Les Nouveaux Débats, éd. Presses de Sciences po.

En partenariat avec le Centre d'études et de recherches internationales (Céri)

Dans l'ensemble, les Européens ont accueilli avec enthousiasme l'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Le nouveau Président représente la fin de l'ère Bush peu respectueuse du multilatéralisme. Il suscite aussi la fascination des Européens pour l'arrivée au pouvoir de la diversité, celle-là même qu'eux ont encore du mal à honorer. Serait-on disposé en France ou en Italie à élire un chef d'Etat ou de gouvernement ayant un père africain ? Rien de moins certain.

A l'égard de Barack Obama, les Européens sont aussi dans une situation d'attente positive : que pourra-t-il proposer de différent de Bush en matière de commerce, de régulation financière, de politique étrangère ? Mais ne serait-il pas judicieux que les Européens retournent la question et se demandent aussi ce que l'Europe pourrait proposer à Obama ?

La crise financière est née aux Etats-Unis. Elle a eu des effets (plus ou moins dévastateurs) sur les pays européens. On constate néanmoins que ces derniers ont mieux limité les dégâts sociaux que les Etats-Unis parce qu'ils consacrent plus de dépenses à la protection sociale (26,9 % du PIB en 2006). Un meilleur accès à la santé, une retraite pour les personnes âgées et des revenus de solidarité pour les plus démunis sont des attentes fortes pour l'électorat de Barack Obama. Ce sont ces politiques mêmes que les Européens ont pratiquées depuis la fin de la guerre avec leurs Etats-providence. Ils n'y ont jamais complètement renoncé (même au Royaume-Uni, contrairement à une idée assez répandue en France). Proposer à Barack Obama d'en inscrire les principes comme faisant partie intégrante de l'économie de marché moderne est une première action qui devrait animer les Européens.

Il en va de même pour un deuxième principe de l'économie de marché : la régulation, c'est-à-dire la rencontre à un moment de l'initiative des acteurs privés avec une norme publique de contrôle. L'ensemble des pays européens pratiquent la régulation, et ceux qui l'ont moins fait (comme l'Irlande ou l'Estonie) ont été davantage touchés par la crise récente. Les Européens devraient inviter Barack Obama à réfléchir à une nouvelle charte pour un ordre économique global qui impliquerait une reconnaissance de la régulation, et une forme d'institutionnalisation internationale afin de mieux contrôler les montages financiers scabreux qui ont été au cœur de la crise. C'est ce que la chancelière allemande Merkel a proposé au récent Sommet de Davos, appelant clairement les Etats-Unis à se montrer moins frileux avec l'idée d'une charte internationale de l'économie que lors du Sommet du G20 qui s'est tenu en novembre 2008 à Washington.

La politique étrangère et de sécurité, enfin : l'Union européenne en tant que telle n'est pas la mieux placée pour donner des leçons, tant elle a du mal à définir des positions communes. De grandes interrogations demeurent en Europe sur les orientations concrètes de la politique étrangère de Barack Obama et d'Hillary Clinton, par exemple à l'égard du Moyen-Orient ou de la Chine. Dans un monde où l'on constate qu'une gouvernance globale basée sur la coopération ne s'est pas substituée au bon vieux rapport de force, les Européens devraient dire clairement à Barack Obama qu'ils souhaitent partager avec lui la combinaison de deux principes : fermeté et coopération. Ce serait l'occasion pour l'Europe de proposer aux Etats-Unis un partenariat autour d'une politique étrangère occidentale combinant la fermeté à l'égard des agressions (y compris par le biais de l'intervention militaire) et le dialogue qui crée la légitimité. Dans un monde où l'Occident reste puissant mais plus dominant, Barack Obama − parce qu'il incarne à la fois l'Amérique et le « non-Occident » − peut mieux que tout autre leader garantir cet équilibre de concert avec les Européens. Il devra cependant convaincre la société américaine de son bien-fondé, ce qui reste pour lui un vrai défi.


Christian Lequesne
Article Web - 04 février 2009
 Commentaires
Michel PLANCHET, le 31/10/2010 à 12:32
Il ne faut pas rêver. ! ! ! Obama se moque complètement de l'Europe. Il est, avant tout, AMERICAIN. Son principal souci c'est d'attirer les investisseurs aux USA.Et de rendre le dollar plus flexible pour qu'il soit concurrentiel vis à vis des autres monnaies. C'est là le seul prolème d'Obama. Personnellement je ne peux que lui donner raison par simple réflxe comparé à nos stupides dirigeants européens.
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