Les Soviétiques. Un pouvoir, des régimes
Les Belles Lettres (430 p., 35 euros).
Pierre Grosser
Alternatives Internationales n° 051 - juin 2011
Non, le régime soviétique n'a pas vu se succéder une société atomisée et informe écrasée par la botte stalinienne, puis une société uniformément grise durant la " stagnation " brejnévienne. Les recherches dans les archives confirment qu'il existait bien dans la société de l'URSS de grandes différences de statut et de pratiques quotidiennes. On peut donc dire qu'il existait des régimes soviétiques.
C'est ce que montre ce riche ouvrage. L'Etat soviétique multipliait de fait et surtout de droit les catégories de population. Ce n'était pas la même chose que d'être spécialiste du nucléaire dans une " ville fermée ", femme dans un kolkhoze (sur laquelle retombait l'essentiel du travail), membre de la nomenklatura bénéficiant de magasins spéciaux, archiviste des " secrets d'Etat " ou, bien sûr, prisonnier dans un camp où, sous la répression, pouvaient aussi se manifester des formes de solidarité et de résistance. Dans une société où la circulation était très contrôlée, où le passeport et les documents d'identité (avec notamment l'identification ethnique) occupaient une place centrale, il faudrait plutôt parler d'archipels sociaux.
Les Belles Lettres (430 p., 35 euros).
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