Le sucre et les larmes. Bref essai d'histoire et de mondialistaion
Ed Descartes & Cie, 2009, 288 p., 19 euros.
Daniel Cardot
Alternatives Economiques n° 287 - janvier 2010
Sucre et esclavage ont longtemps eu partie liée. "C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe", s'exclame le héros de Voltaire, Candide, tandis que Victor Schoelcher, qui finit par obtenir de l'Assemblée de 1848 qu'elle abolisse l'esclavage dans les colonies françaises, écrivait en 1842: "Si l'on voulait symboliser les colonies telles qu'elles sont encore, il faudrait mettre en faisceau une canne à sucre avec un fouet de commandeur." Car il fallait des esclaves pour des journées de travail de dix-huit heures!
C'est justement la thèse que conteste Pierre Dockès dans ce livre où il raconte l'histoire du sucre: c'est l'esclavage, dit-il en substance, qui a donné naissance au mode de production sucrier, et non ce dernier qui avait besoin de l'esclavage. Il démonte ainsi ce "paradigme sucrier", montrant que d'autres solutions techniques et sociales, basées sur de plus petites exploitations coopérant pour la production effectuée à partir de travail libre et dans des conditions "normales", ont existé et auraient pu être activées. Mais la force de travail servile était là, génératrice de profits plus élevés, alors… Le paradigme sucrier changeant les conditions d'emploi, mais pas les autres.
Le livre est passionnant, la thèse intéressante (il y aurait une "mémoire de l'esclavage" qui marquerait de son empreinte les rapports techniques et sociaux dans le sucre), mais on regrettera qu'elle soit plus affirmée que démontrée.
Ed Descartes & Cie, 2009, 288 p., 19 euros.
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