Le RSA peut-il réduire la pauvreté ?
Wojtek Kalinowski
Dossier Web n° 005 - avril 2010
- Le RSA, une forme de pensée unique , Alternatives Economiques n° 260.
- Du RMI vers l'emploi : une transition fréquente, mais problématique
Le haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, vient de rendre public un Livre vert sur la généralisation du revenu de solidarité active (RSA). Destiné à remplacer le RMI, cette mesure devrait bénéficier à terme - si les financements suivent, ce dont on ne sait rien pour le moment - à plus de 5 millions de personnes. L'idée est simple : inciter au retour à l'emploi en permettant le cumul des revenus du travail et des prestations d'assistance afin que toute personne qui reprenne une activité professionnelle gagne plus que si elle ne travaillait pas. Comme l'explique Denis Clerc (« Le RSA sert-il à quelque chose ? », Alternatives Economiques n° 261, septembre 2007), le RSA « diffère profondément du système actuel d'intéressement*, parce qu'il est permanent, alors que l'intéressement est limité dans le temps ou dans son montant total. Or, la lutte contre la pauvreté laborieuse ne peut se réduire à des coups de main ponctuels. »
« En revanche, poursuit Denis Clerc, le RSA laisse inchangée la situation des ménages pauvres qui ne sont pas en emploi, comme par exemple les personnes âgées ne percevant que le minimum vieillesse (dont le montant est situé en dessous du seuil de pauvreté). Ce n'est donc pas un remède miracle contre toutes les formes de pauvreté, et bien d'autres efforts seraient nécessaires - en matière de logement, de santé, de garde d'enfants… - pour effacer cette tache sociale qu'est la pauvreté dans une société riche. »
Pour réduire la pauvreté par le travail, il faudrait cependant une politique plus globale qui viserait à améliorer la qualité des emplois et à réduire la part des emplois précaires sur le marché du travail. Or, une telle politique présuppose d'autres mesures, comme l'investissement dans la formation et la sécurisation des parcours. C'est l'avis de Jean Gadrey, professeur d'économie et coauteur du livre Les nouveaux indicateurs de richesse, pour qui le RSA se fonde sur « l'idée que la lutte contre la pauvreté des revenus passerait d'abord par des incitations monétaires à la mise au travail, à n'importe quel travail. De quoi encourager l'expansion des "petits boulots". Or, c'est précisément cette expansion qui produit la pauvreté salariale que l'on prétend combattre. Eradiquer la pauvreté salariale suppose de réduire le nombre de petits boulots et d'emplois à temps partiel, et de refuser de considérer leur développement comme une fatalité qu'il faudrait accompagner socialement. Lorsqu'il y a très peu de petits boulots et de salariés pauvres, comme dans les pays nordiques, on n'a pas besoin de RSA. »
Lire l'intégralité de l'entretien avec Denis Clerc et Jean Gadrey.
* Intéressement : possibilité de cumuler, pendant un temps limité, le RMI (ou certains autres minima sociaux) et des revenus d'activité. Le cumul est total pendant les trois premiers mois, puis il est partiel pendant les neuf mois suivants, avec des modalités qui diffèrent selon que l'activité dépasse ou non 78 heures par mois.
Wojtek Kalinowski
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