Le grand marché : état des lieux
Alternatives Internationales Hors-série n° 005 - novembre 2007
Les échanges commerciaux reflètent les ambivalences de la mondialisation. Le libre-échange cohabite avec la tentation protectionniste. Notamment dans les pays du Nord confrontés à la concurrence des pays émergents, qui jouent sans complexe de leurs avantages comparatifs. Les conflits se résolvent encore largement selon la logique de puissance, malgré la montée en régime d'une justice multilatérale. La régulation du commerce mondial, loin d'être un idéal abstrait, reste une absolue nécessité.
- Quel effet d'entraînement ?
- Les grands commerçants
- Flux de marchandises : intensité et nature
- Plus que les termes, la diversité des échanges
- Ports et métropolisation
- Un commerce des services encore davantage polarisé
- Etats-Unis et UE
- Protectionnisme des riches
Le commerce mondial continue à croître bien plus vite que la production, son effet d'entraînement étant très variable suivant les régions du monde et les pays. Le Nord domine largement ce commerce. Si l'Europe apparaît comme le premier pôle commerçant du monde, c'est surtout grâce à l'intensité des échanges intra-européens. Mais la Chine est la puissance montante, exportant et important d'abord, comme les pays riches, des produits manufacturés. ...
Les Etats-Unis sont le deuxième exportateur mondial de biens et le premier exportateur de services, mais, pour un PIB (produit intérieur brut) 2005 de 12 456 milliards de dollars (et 2006 de 13 244), contre 2 792 (2 897 en 2006) pour l'Allemagne, les taux d'exportations ne sont pas les mêmes. Ils s'élèvent à 10,1% pour les Etats-Unis, 40% pour l'Allemagne, 37% pour la Chine. Certains pays ont des taux très élevés, voire supérieurs à 100%, car leurs grands ports sont des plates-formes réexportatrices (Hong-Kong, Singapour, Rotterdam, Anvers). ...
Le commerce intra-européen représente à lui seul 31% du commerce mondial: l'Union européenne est de loin l'espace le plus intégré. Au-delà, l'essentiel du commerce se déroule entre les trois grands pôles dominants qui échangent principalement des produits manufacturés. Les autres espaces exportent surtout des produits de base, et d'abord du pétrole et des minerais: l'exportation de produits énergétiques domine non seulement les échanges du Moyen-Orient mais aussi ceux de la CEI (ex-Union soviétique) et de l'Afrique. L'exportation de produits agricoles intéresse davantage l'Amérique latine. ...
Les termes de l'échange - rapport entre la valeur unitaire des exportations et la valeur unitaire des importations -, qui se sont globalement dégradés dans l'ensemble des pays en développement entre 1980 et 2000, passant de l'indice 117 à l'indice 100, dépendent largement, pour chaque pays, de la nature des exportations et plus encore de leur diversité. ...
L'Europe et l'Asie misent beaucoup plus sur les échanges que les Etats-Unis: la carte des grands ports l'illustre à nouveau. Les pays du Sud sont largement délaissés. La carte souligne aussi fortement le boom des importations et des exportations chinoises (Chine+Hong-Kong =7,7% des exportations mondiales en 2005). Les principaux ports de conteneurs traduisent la vitalité du commerce des produits manufacturés en Asie orientale. Les grands ports semblent confirmer la "métropolisation" du monde où quelques grands centres urbains concentrent les activités au détriment de leur périphérie. ...
Le commerce des services représente 19,2% des échanges mondiaux alors même que ce secteur avoisine 60% du PIB mondial, une grande partie des services produits étant des services de proximité qui ne peuvent, de ce fait, s'exporter. Cependant, la croissance des échanges de services dans le monde est d'environ 10% par an depuis 2000, de même niveau que la croissance moyenne des échanges de biens. ...
Si l'Europe a divers points forts, notamment grâce aux performances anglaise et irlandaise dans les services financiers et d'assurance, ainsi qu'à la performance française dans les services de BTP, la faiblesse par rapport à l'Amérique du Nord (essentiellement les Etats-Unis) éclate dans le domaine de la propriété intellectuelle et industrielle, faiblesse que l'on retrouve dans les services culturels et les redevances-licences, liées à l'intensité de la recherche-développement (les Etats-Unis déposant trois fois plus de brevets par habitant que l'Union européenne). ...
La libéralisation des échanges pilotée par l'OMC connaît des limites et n'est pas synonyme d'équité. D'après le rapport sur le commerce et le développement 2006 de la Cnuced, les plus fortes réductions de barrières ne concernent pas les produits qui intéressent le plus les pays en développement, bien au contraire. ...
www.wto.org: statistiques du commerce international 2006 (OMC) et Profils tarifaires dans le monde 2006 (OMC/Cnuced/CCI)
www.banquemondiale.org: East Asia and Pacific Update, avril 2007
www.unctad.org/: rapport sur le commerce et le développement 2006 (Cnuced)
www.imf.org: perspectives de l'économie mondiale, avril 2007 (FMI)
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