Le droit à l'erreur
Yann Mens
Alternatives Internationales n° 025 - juin 2005
Le souvenir du tsunami ne s'est pas complètement effacé de nos mémoires, même si les images bouleversantes de cadavres au milieu des décombres ont presque disparu de nos écrans. La reconstruction des régions frappées par la catastrophe est, il est vrai, peu spectaculaire comparé aux secours d'urgence qui se sont organisées après la tragédie du 26 décembre. Les pêcheurs d'Aceh ou de Sri Lanka qui, au jour le jour, rebâtissent leurs maisons ou rafistolent leurs bateaux sont moins poignants que les parents désespérés qui cherchaient leur enfant après le passage de la vague gigantesques.
La reconstruction pose en outre des problèmes complexes que les secours d'urgence avaient partiellement laissés de côté. Quel rôle doit jouer l'aide étrangère alors que la remise sur pied de régions entières suppose des arbitrages politiques, une hiérarchisation des priorités qui relèvent a priori des gouvernements souverains? Les ONG occidentales peuvent-elles dès lors s'impliquer au-delà des secours d'urgence ponctuels? Si oui, doivent-elles intégrer leur action dans les plans des autorités ou tenter de les infléchir? Et quel est leur pouvoir de négociation réel face à un Etat ou un mouvement de guérilla qui contrôle une région? Leur priorité ne doit-elle pas être de soutenir des associations locales pour renforcer le poids de la société civile? Mais selon quels critères choisir ces interlocuteurs?
Il serait utile que les différentes associations qui ont appelé à la générosité des donateurs lors du tsunami fassent publiquement part de leurs réflexions et de leurs réponses concrètes à ces interrogations difficiles. Et que les médias qui les ont grandement aidées à solliciter les citoyens en décembre leur donnent de nouveau la parole pour le faire.
Confrontées en permanence à la souffrance, soucieuses de porter assistance aux victimes de toutes les crises de la planète, qu'elles soient médiatisées ou pas (Darfour, RD Congo, Colombie….), les ONG sont entraînées par l'action.Et encore peu portées à l'évaluation de leurs programmes. Bien sûr, qui dit évaluation, dit parfois échec ou raté. Et les ONG vivent des dons du public. Dans un univers de concurrence, chacune d'entre elles axe naturellement sa communication sur ses réussites. Pourtant, le grand public ne leur en voudrait pas, au contraire, d'exposer parfois aussi leurs doutes et leurs limites. Qui ne comprendrait que parfois elles hésitent sur la direction à prendre? Et que, dans des contextes aussi troublés que ceux où elles agissent, leurs choix ne soient pas toujours couronnés de succès? La confiance que les donateurs placent a priori en elles ne pourrait que sortir renforcée d'un tel exercice.
Yann Mens
Alternatives Internationales n° 025 - juin 2005
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