Laisser-faire
Guillaume Duval
Alternatives Economiques Hors-série n° 076 - février 2008
- Les Trente Glorieuses à utiliser avec modération , Alternatives Economiques n° 264.
- Keynes et le patriotisme économique à géométrie variable , L'Economie politique n° 031.
Une fois de plus, l'année démarre sous la menace que fait planer une énième crise financière sur l'économie réelle, c'est-à-dire sur l'emploi, les revenus et les conditions d'existence du commun des mortels.
Après le krach boursier de 1987, la crise immobilière du début des années 90, la crise mexicaine de 1994, la crise asiatique de 1997, la déconfiture du fonds spéculatif LTCM en 1998, l'explosion de la bulle de la high-tech en 2000-2001 accompagnée des multiples scandales Enron, Worldcom…, voici la crise des subprime et ses conséquences en cascade.
Une fois de plus, les dirigeants de la finance internationale, à commencer par ceux de la Société générale, en France, apportent la preuve que les revenus faramineux qu'ils perçoivent ne sont en aucune manière la contrepartie des services exceptionnels qu'ils rendent à l'humanité, ni de l'intelligence rare dont ils font preuve, mais bien la marque de la position de force qu'ils occupent dans un monde particulièrement injuste et mal régulé.
Il n'y a pourtant pas de fatalité à ce que de telles crises se répètent ad vitam aeternam, même s'il serait probablement illusoire d'espérer s'en débarrasser définitivement. Suite à la grande crise de 1929 et à ses conséquences particulièrement catastrophiques, le monde développé avait su trouver les moyens d'éviter le retour de telles crises pendant une trentaine d'années, avec les accords internationaux de Bretton Woods, le plan Marshall et la mise en oeuvre, tardive mais efficace, des politiques préconisées avant-guerre par John Maynard Keynes. Pour cette raison, cette époque est restée gravée dans la mémoire collective sous le nom des Trente Glorieuses. Même si le souvenir qu'on en a aujourd'hui tend, comme toujours, à enjoliver le passé.
Pour éviter le retour des crises, les pays développés avaient notamment placé les activités financières sous une étroite tutelle publique: comme la guerre, qui est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux militaires, la monnaie est une affaire trop importante pour être laissée aux financiers. Ces arrangements n'avaient cependant pas résisté à l'usure du temps et les années 70 les avaient vus voler en éclats. Depuis lors, les crises financières ont fait leur retour, de plus en plus fréquentes et importantes du fait de l'absence de régulation publique à l'échelle mondiale, dans une finance désormais globalisée. Leurs conséquences n'ont certes jamais été, jusqu'à présent, aussi graves que ne l'avaient été celles de la crise de 1929. Et heureusement! Mais faudra-t-il vraiment en arriver là pour que la communauté internationale se décide enfin à reprendre le contrôle de l'activité des institutions financières?
Guillaume Duval
Alternatives Economiques Hors-série n° 076 - février 2008
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