La RSE progresse... dans les têtes
Entretien avec Olivier Maurel, professeur associé à l'IAE Eiffel
Propos recueillis par Manuel Domergue
Alternatives Economiques n° 291 - mai 2010
La Commission nationale consultative des droits de l'homme vient de publier ses recommandations sur "La responsabilité des entreprises en matière de droits de l'homme". Un travail coordonné par Olivier Maurel, codirecteur du master 2 "Management de la responsabilité sociale des entreprises" à l'université Paris XII et membre de la commission Entreprise d'Amnesty international. Il revient sur les grands axes de ce travail.
Quel était l'enjeu de ce rapport ?
C'était la première fois qu'une instance nationale de ce type se penchait sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Le thème progresse institutionnellement en France, mais aussi au plan international: le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour les droits de l'homme et les entreprises transnationales, John Ruggie, présentera un rapport devant le Conseil des droits de l'homme l'an prochain. Nous n'en sommes cependant encore qu'au stade de la légitimation. Faire changer les choses, c'est d'abord faire changer les idées: cela peut sembler dérisoire et lent, mais ça ne l'est pas tant que ça pour un sujet qui a émergé il y a seulement dix ans. En tout cas, très peu de gens contestent désormais que l'entreprise ait une responsabilité envers les droits de l'homme.
Quelles sont les perspectives plus concrètes ?
Si l'on parle de droit international capable de contraindre les entreprises à mieux se comporter, il y a peu d'espoir à court terme. En revanche, les collectivités locales, les Etats, l'Union européenne ont le pouvoir décisif de donner l'exemple: en conditionnant leurs commandes publiques, leurs garanties à l'exportation ou leur fiscalité à des critères sociaux ou environnementaux précis. Si le respect de ces engagements est évalué sérieusement, en toute transparence, les entreprises devront changer leur comportement. L'argent public ne devrait être accordé que pour des pratiques responsables.
La France semble en pointe sur le sujet…
De Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, les représentants français ont un discours plutôt proactif sur la scène internationale. C'est déjà ça, mais les actes ne suivent pas les mots, tant s'en faut. Les engagements effectivement pris au niveau national (comme pour le Grenelle de l'environnement) ou international (devant le G20 ou l'OIT, par exemple) montrent que la RSE reste une responsabilité bien limitée…
Entretien avec Olivier Maurel, professeur associé à l'IAE Eiffel
Propos recueillis par Manuel Domergue
Alternatives Economiques n° 291 - mai 2010
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