La protection sociale de plus en plus à contre-emploi
Pierre Concialdi, économiste, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires)
Alternatives Economiques n° 310 - février 2012
Dans un des chapitres de leur dernier ouvrage [1], Les économistes atterrés proposent une analyse des politiques sociales qui s'organise autour de plusieurs constats et de trois propositions.
Le premier constat tord le cou à l'idée reçue selon laquelle la protection sociale serait un puits sans fond. Depuis 1993 et jusqu'à la crise financière de 2008, les dépenses sociales n'ont pas augmenté plus vite que la richesse nationale. Les difficultés de financement résultent principalement d'un déficit de recettes dû en grande partie aux politiques d'exonérations de cotisations sociales.
Par ailleurs, la couverture sociale a globalement régressé, favorisant la marchandisation de la protection sociale et l'individualisation des droits sociaux. Cette régression s'est traduite par des inégalités croissantes dans l'accès aux droits sociaux - particulièrement en matière de santé - et par une hausse des coûts. Car le recours aux assurances marchandes est bien plus onéreux que l'assurance obligatoire (en raison notamment de frais de gestion quatre à cinq fois plus élevés et d'incitations fiscales au coût exorbitant). Bref, on ne dépense pas mieux, mais on dépense plus.
Dans l'ensemble, la trajectoire est celle d'une protection sociale qui joue de plus en plus à contre-emploi. Les dispositifs étaient conçus initialement pour apporter des compléments au salaire et pour construire un statut salarial protégeant les salariés des rigueurs de la logique marchande. Or, ils deviennent de plus en plus des substituts du salaire, qui favorisent la dégradation des conditions d'emploi en raison du développement des possibilités de cumul entre allocations et salaire (en matière de chômage et de retraite) et de l'apparition de subventions directes aux salariés à bas ou très bas salaires (prime pour l'emploi, revenu de solidarité active).
Les propositions soumises au débat citoyen par les économistes atterrés s'articulent donc autour de trois grandes idées. Premièrement, rehausser le niveau des couvertures publiques de base.Deuxièmement, réhabiliter la notion de service public en matière de santé et l'étendre à de nouveaux domaines, comme la dépendance et le logement.Troisièmement, assurer le financement de la protection sociale en développant l'emploi, notamment par une politique de réduction collective du temps de travail. Contrairement au discours idéologique des économistes libéraux, la question n'est en effet pas d'être pour ou contre la réduction du temps de travail (RTT). Le chômage et le sous-emploi constituent de fait les formes les plus inégalitaires et violentes de la RTT. Il s'agit donc au contraire d'organiser cette nécessaire RTT sous des formes collectives, qui permettent à tous d'obtenir un emploi et un salaire suffisant pour vivre décemment.
Pierre Concialdi, économiste, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires)
Alternatives Economiques n° 310 - février 2012
Notes
- (1) Changer d'économie ! Nos propositions pour 2012, Les économistes atterrés, Les liens qui libèrent, 2012.
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Pourriez-vs m'expliquer pourquoi vous parlez toujours de RTT, partage du travail ? Ds mon service, en RTT, cadres, ns travaillons environ 50 à 60H par semaine. Embauchés sur un salaire de 35H/S. Les RTT, notre Patron, il s'en moque éperdument. Si pas heureux, je délocalise. Donc, pas d'emploi supplémentaire. Vs êtes là, dans l'imaginaire, l'irréel, Monsieur... J'aime mon travail que je trouve passionnant malgré les contraintes. Oui, je suis encore jeune 39ans. Cpdt, je sais qu'à ce rythme, je ne tiendrais pas jusqu'à 67ans. (Préparation des meetings le WEnd pour faire face à d'autres Chefs d'Entreprise 300 à 1500personnes). Adieu aussi ma retraite...Le risque de perdre aussi ma Compagne Docteur qui trouve les présences positives peu importantes. Que dois-je faire ?
Autres cas, Monsieur, Je connais bien les secteurs agro-alimentaires. Petites et moyennes entreprises.
Faites un tour de France, je dis cela poliment, ds ce secteur.
A 2500 euros, voire bcp +, les Petites PME ne trouvent pas d'ouvriers de France. Ils font appel à des polonais. Je connais 6 salaisons qui ont comme réponse : salaire trop bas pour ce genre de travail. Ns gagnons + au chomage et en faisant.... En fait, les boites d'Interim placent ces jeunes pour 2 ou 3 jours afin que leur papiers soient en règle et ils ne disent rien mais ne reviennent pas le lundi. Parfois, ils ne préviennent personne et parte au déjeuner. Une autre cas, Monsieur, une dame faisant 3 heures de ménage le matin. Ce patron lui a proposé un plein emploi en cdi. Elle a accepté. Aprés un an de travail, elle est venue le voir en lui demandant de la licencier et qu'elle reprendrait le poste de femme de ménage. Perplexe, il lui demande pourquoi ? Réponse : le travail est intéressant mais je gagne + avec tous les avantages réunis dans l'année versés par l'Etat que mon salaire. Ceci c'est passé en Haute-Loire. Cette personne avait 1900 euros net/mois + un 13ème mois + l'intéressement + une garantie sérieuse de travail en CDI en salaison (travail assez sécurisé) + RTT le cas échéant. Les 35 H ne sont pas dépassées dans cette entreprise pour les employé(e)s. Question, Monsieur, ne faut-il pas changer le système des aides permanentes pour inciter les personnes à travailler ?
J'ai parfois le sentiment que ns vivons ds un monde de fous qui courent après quoi ?