La France des travailleurs pauvres
coll. Mondes vécus, éd. Grasset, 2008, 222 p., 16,90 euros
Alternatives Economiques n° 274 - novembre 2008
Denis Clerc, pour reprendre une formule attribuée à Johnny Hallyday, remet les pendules à leur place. Si l'on préfère une métaphore issue du marketing, on peut dire qu'il fait du deux en un. D'abord, il propose un état des lieux de la pauvreté en France, jonglant avec pédagogie entre les statistiques. Ensuite, il avance une série de propositions.
L'auteur, qui n'est pas inconnu des colonnes d'Alternatives Economiques, invite ses lecteurs à "mettre quelque peu les mains dans le cambouis". Et il y réussit. Maîtrisant l'ensemble des études, il réalise un panorama documenté. Il ne verse pas dans la dénonciation exagérée, ni dans l'énoncé de recommandations déconnectées. Dénombrant près de deux millions de travailleurs pauvres, il souligne les mutations de la pauvreté (rajeunissement des publics et installation au coeur du salariat) qui, sous sa forme monétaire relative, a en moyenne diminué.
Denis Clerc propose une visite des grandes politiques de l'emploi, toutes coûteuses et aux résultats controversés. Après des interrogations sur l'efficacité des allégements de cotisations sociales et des 35 heures (qui lui semblent plus valables), il aboutit à un plaidoyer pour les contrats aidés (à condition d'en faire des sas vers l'emploi durable et non des nasses de précarité). Il souhaite aussi une réforme du chômage pour que les précaires ne subissent plus la "double peine" de la faiblesse de leurs revenus d'activité et de leur indemnisation. Dans une logique dite d'investissement social, il appuie notamment l'idée d'un service public de la petite enfance confié aux communes.
Recenser n'est pas encenser. On pourra par exemple s'interroger sur l'estimation de 10 000 euros par an et par individu du coût de l'exclusion pour la collectivité, ou encore sur l'origine du chiffre discutable de 200 000 sans-abri. Par ailleurs, la charge antilibérale a quelques accents de figure imposée. Mais ne boudons pas. Les descriptions des "temps partiels paupérisants", de ces "miettes d'emplois", et plus largement de ce qui fait l'instabilité et l'insécurité sont indiscutables.
Que pense-t-il du RSA (dont il a contribué à imaginer l'épure)? Ce n'est pas la solution miracle. Denis Clerc rappelle que l'instrument, vendu comme un outil de réduction des trappes à inactivité (dont il conteste l'importance), n'a pas été conçu à cet effet. Il y voit un complément de revenu permettant d'atténuer la pauvreté laborieuse. Le risque de trappe à temps partiel contraint est là, mais il y a un pas en avant.
Au total, un excellent petit ouvrage, accessible. Un livre d'autant plus important qu'il paraît alors que la récession et la reprise du chômage se profilent pour mener le combat en faveur des emplois convenables.
coll. Mondes vécus, éd. Grasset, 2008, 222 p., 16,90 euros
-
Abonnement et réabonnement
-
J'achète un numéro -
Inscription à la newsletter -
Forfait de consultation de 30 articles pendant 48H -
Extension d'accès aux archives -
Cédérom d'archives -
Mon espace personnel -
Tous les livres de la collection Alternatives Economiques
-
Collection pédagogique
- Qui sommes-nous ?
- L'association des amis d'Alternatives Internationales
- Conditions générales de vente



























Commenter cet article










