La formation continue peu adaptée aux précaires
Denis Clerc
La lettre de l'insertion n° 128 - septembre 2006
On le sait depuis longtemps : la formation continue, au lieu d’être la « deuxième chance » dont rêvaient ses initiateurs, est un atout supplémentaire que la collectivité distribue principalement à ceux qui ont déjà un bon jeu. Car l’entreprise a intérêt à investir dans les salariés qui ont le plus de chances de lui rapporter. Mais faut-il pour autant laisser ceux qui ont le moins d’atouts s’enfoncer dans leurs difficultés ?
La dernière enquête « Formation continue » de l’Insee et du Céreq (1) considère que, parmi les personnes présentes sur le marché du travail entre 1998 et 2000 et ayant entre cinq et trente-six ans d’ancienneté, les plus précaires sont les « chômeurs intermittents » (15 %), les « chômeurs récurrents » (7 %) et les personnes en stage ou contrat aidé (5,5 %). Ces travailleurs précaires sont proportionnellement moins nombreux que les travailleurs en contrat à durée indéterminée (CDI) à accéder à une formation, mais ils bénéficient d’un nombre d’heures plus élevé, sans doute grâce à l’effort important consenti en faveur des stagiaires et titulaires de contrats aidés et en direction des chômeurs récurrents : pour un quart des premiers, la formation atteint ou dépasse 600 heures ; pour un quart des seconds, elle atteint au moins 450 heures.
Des formations moins fréquentes (les chômeurs récurrents ne sont que 29 % à y accéder), mais, assez souvent, nettement plus longues : les travailleurs précaires bénéficieraient-ils d’une formation plus qualifiante que les salariés en CDI, dont la formation est davantage axée sur l’adaptation au poste de travail ? Il serait excessif de l’affirmer. Car parmi les précaires, ceux qui accèdent le moins à une formation, tant courte que longue, sont justement les moins qualifiés. Et les formations longues excluent largement les femmes avec un ou plusieurs enfants à charge. Ces formations longues sont essentiellement destinées aux demandeurs d’emploi en difficulté. Elles concernent donc le public qui en attend le plus de résultats - sortir, enfin, de la galère du chômage récurrent -, mais ce sont aussi les formations qui engendrent le plus de désillusions : un tiers des personnes concernées « déclarent ne pas avoir atteint leur but », écrivent les auteurs. Conséquence : un chômeur récurrent sur quatre déclare « n’avoir aucun besoin de formation à l’avenir ».
Les auteurs déplorent cette situation, antithèse de la « flexisécurité » à la danoise : plus un travailleur est précaire, plus il devrait bénéficier de formation pour pouvoir rebondir. Mais ce qui est autant en cause, ce sont le contenu et les méthodes de la formation elle-même. Celle-ci devrait viser à ce que les plus en difficulté en tirent autant profit pour accéder à l’emploi que les salariés stables pour conserver le leur. Bertrand Schwartz, l’initiateur des missions locales et de l’association Moderniser sans exclure, avait démontré que cela était possible.
Denis Clerc
(1) « Trajectoires précaires d’emploi et formation continue », par Coralie Perez et Gwenaëlle Thomas, Economie et Statistique n° 388-389, 2005
Denis Clerc
La lettre de l'insertion n° 128 - septembre 2006
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