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La "longue marche" pour la santé au travailDossier La « longue marche » pour la santé au travail
Ouverture
Jalons pour une histoire comparée de la santé au travail en Europe par Catherine Omnès
Cet article propose de distinguer trois étapes dans la longue marche vers l'obligation de prévention. De la fin du XIXe siècle à 1914, la santé est au cœur des projets politiques de protection sociale et doit davantage aux préoccupations des élites de la sphère publique qu'aux mobilisations des travailleurs. Avec la Première Guerre mondiale et durant l'entre-deux-guerres, la prévention fait une entrée timide dans l'espace de travail, les initiatives se déplacent vers les organisations dont une frange s'attache à l'amélioration des conditions de travail et au développement de la médecine d'usine. Enfin, depuis les années 1940, on peut observer une marche lente vers le droit à la santé au travail - qui s'accélère dans les années 1970, puis dans les années 1990 -avec l'institutionnalisation de la surveillance et sous l'effet conjugué d'importantes mobilisations sociales et de la pression du droit communautaire.
Omniprésentes et invisibles, l'importance des luttes des femmes pour leur santé au travail par Laurent Vogel
Les luttes des travailleuses pour défendre leur santé sont le plus souvent ignorées. Cela tient pour partie à la dénégation des risques et des atteintes à la santé liée à la division sexuelle du travail (virilisation des risques pour les travaux masculins ; exclusion des femmes et des enfants de ces mêmes travaux). Mais l'exclusion du travail salarié n'a jamais été un facteur de protection pour les femmes. C'est ce qui explique la double dimension de leurs luttes pour continuer à travailler en dehors de la sphère domestique et pour travailler dans des conditions compatibles avec leur santé. Ces luttes, à l'exemple de celles des allumettières abordées dans cet article, ont été ignorées des historiens. Elles ont eu pourtant un impact décisif pour internationaliser un problème (la fabrication des allumettes et la question de la nocivité du phosphore) en apparence purement technique et sectoriel.
Radioactivité et santé au travail : trajectoire historique d'un problème par Soraya Boudia et Anne Fellinger
En matière de santé au travail, les risques induits par la radioactivité sont un domaine clairement identifié et objet d'une intervention spécifique. Si la radioprotection semble aujourd'hui une discipline développée et structurée, elle ne relève cependant que de la compétence des spécialistes du nucléaire et reste relativement absente du champ d'intervention des services de l'Inspection du travail. Cet article, en revenant sur les enjeux et les problématiques qui ont accompagné le développement des sciences et de l'industrie nucléaires au XXe siècle, cherche à rendre compte de la manière dont s'est constituée cette organisation spécifique de la protection et du suivi médical à l'échelle national et internationale.
La santé des travailleurs en Italie : le rôle décisif des luttes ouvrières par Fabio Carnevale
Dans l'histoire de la santé des travailleurs italiens, un bond en avant a été accompli vers la fin du siècle dernier - dans l'amélioration des conditions de santé, de sécurité et de longévité des classes laborieuses. Quel a été le facteur décisif ? L'auteur de l'article reprend à son compte la périodisation proposée par Giovanni Berlinguer qui distingue ainsi trois grandes étapes dans la dynamique de l'intérêt social et culturel porté aux problèmes de la santé des travailleurs. La première étape est marquée par l'action de Bernardino Ramazzini au début du siècle des Lumières. La deuxième entre la fin du xixe siècle et la première décennie du siècle suivant a pour acteurs principaux des spécialistes passionnés et courageux, des fonctionnaires de l'administration publique, mais aussi des travailleurs et des militants syndicaux. Enfin les signes précurseurs de la troisième phase sont à rechercher dans les mouvements et les actions qui se développent du début des années 1960 jusqu'à la fin des années 1970 : les luttes ouvrières pour la santé en constituent le moteur.
Histoire sociale, recherche & engagements
Mort du CNRS ? Entretien avec Yves Langevin
En couleurs
Présentation de la Cité Nationale d'Histoire de l'Immigration
Image
Les images comme sources d'une histoire pratique du travail à la chaîne : Renault (1898-1947) par Alain Michel
Le travail à la chaîne est mis en place chez Renault dès 1917 pour répondre aux besoins massifs de la Grande Guerre. L'entreprise s'inspire du modèle américain, mais s'appuie surtout sur les expériences de rationalisation engagées depuis ses origines en 1898. Emblème de la modernité Pour certains, la « chaîne » est un instrument de servitude pour d'autres. Les documents visuels (films, photographies, plans) et les archives internes de l'entreprise Renault (notes de service, rapports, etc.) permettent de constater le décalage entre l'histoire du mot et celle d'un dispositif multiforme. La chaîne de Renault n'est explicitement présentée comme telle que dans un article de 1922. L'entreprise appelle « chaînes », des dispositifs variés appliqués à des travaux différents (usinage, assemblage, finition). Pour que les différentes chaînes fonctionnent, il faut l'intervention d'une multitude de personnes depuis les ingénieurs d'études jusqu'aux ouvriers et ouvrières spécialisés. Travailler à la chaîne, ce n'est pas seulement oeuvrer en cadence sur un convoyeur, c'est aussi participer à la mise en place d'un système complexe de production. Il a fallu du temps et de la peine pour que l'entreprise Renault y parvienne.
Travail
L'objectivation du stress au travail, une entreprise collective ? par Marc Loriol
Cet article s'appuie sur une recherche, terminée en 2004-2005, portant sur la façon dont le stress est objectivé, mis en forme ou en discussion dans trois métiers : les infirmières hospitalières, les policiers de voie publique et les conducteurs de bus - essentiellement des conducteurs travaillant pour la RATP en région parisienne. Au-delà des diversités de perception d'un métier à l'autre, l'auteur souligne l'importance de l'existence (ou non) d'un travail collectif d'objectivation du stress par les salariés organisés et par les employeurs. Ainsi, objectiver le stress comme relevant d'un problème d'organisation (chez les conducteurs de bus) ou comme inhérent au métier (chez les infirmières) est un moyen d'éviter l'isolement du salarié souffrant (un état stigmatisant associé exclusivement au vécu de situations extrêmes chez les policiers).
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