L'islam républicain. Ankara, Téhéran, Dakar
Ed. Albin Michel, 2010, 426 p., 24 euros.
Naïri Nahapétian
Alternatives Economiques n° 293 - juillet 2010
Jean-François Bayart aborde ici un sujet qui lui est cher: il n'y a aucune incompatibilité intrinsèque entre l'islam et la république, comme le prétendent en France les tenants d'un discours "laïcard", qui s'enflamme sur des sujets comme le voile. Son argumentaire s'appuie sur la diversité de l'islam, en développant trois exemples. La Turquie, d'abord, où l'AKP, le parti islamique au pouvoir, est davantage un acteur du pluralisme politique que l'armée, gardienne de l'idéologie nationaliste. Le Sénégal, ensuite, où le rôle politique important des confréries mourides n'a pas empêché le pays de devenir l'un des moins autocratiques d'Afrique. Enfin, l'exemple central du livre est l'Iran. Le pouvoir islamique y a abandonné le messianisme révolutionnaire afin d'entrer dans une phase gestionnaire et pragmatique - les discours enflammés du président Ahmadinejad ne changeant rien à cette réalité. De même, malgré la fraude électorale massive que le pays a connue en juin 2009, les centres de décision dans la république islamique restent pluriels. Même les gardiens de la révolution, dont l'auteur décrit la mainmise croissante sur l'économie, sont divisés. Jean-François Bayart bat ainsi en brèche toute interprétation culturaliste de l'islam, dans un ouvrage dense mais passionnant.
Ed. Albin Michel, 2010, 426 p., 24 euros.
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