L'Europe peut-elle croître sans les Etats-Unis ?
Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE
Alternatives Economiques n° 267 - mars 2008
- Menaces sur la croissance , Alternatives Economiques n° 265.
- Finance : les Etats-Unis peuvent-ils s'endetter sans limites ? , Alternatives Economiques n° 261.
- Dynamisme économique : l'Europe ne décroche pas des Etats-Unis , Alternatives Economiques n° 261.
De cette incertitude découle l'inquiétude pour les perspectives de croissance de l'Europe. Les Etats-Unis ont soutenu nos exportations, et moins d'importations d'outre-Atlantique se traduira inévitablement par moins d'activité en Europe. Ce canal, qui peut être facilement quantifié, n'est pas si menaçant qu'il y paraît. Les Etats-Unis pèsent un peu plus de 10% des exportations européennes. Une croissance nulle aux Etats-Unis ne nous coûterait que quelques dixièmes de points d'activité. Il faut bien sûr augmenter ce chiffre de l'impact sur tous les pays qui exportent vers les Etats-Unis, mais même ainsi, parce que les Etats-Unis ne sont qu'une partie (entre un quart et un cinquième) de l'économie mondiale, une récession américaine sévère ne provoque qu'un ralentissement modéré ailleurs. C'est en tout cas le message que délivrent les modèles macroéconomiques internationaux, ce qui rejoint à la fois le bon sens et l'observation (la faible corrélation entre la croissance mondiale et la croissance aux Etats-Unis).
L'impact du ralentissement américain sur l'Europe sera d'autant plus contenu que le dollar, qui s'est déprécié face à l'euro en 2006 et en 2007, a atteint un seuil de résistance à 1,5 dollar pour 1 euro. Les anticipations des marchés de change s'ancrent sur l'opinion qu'en deçà de cette parité les banques centrales interviendraient de façon coordonnée, et donc que le dollar a atteint un point bas. Détenir des dollars est maintenant une opportunité et la devise se raffermit face à l'euro. L'amélioration du déficit courant américain - pas seulement parce que les Américains importent moins, mais aussi parce qu'ils gagnent des parts de marché - conforte également la monnaie américaine. Pour l'Europe, cela signifie que le ralentissement des exportations vers les Etats-Unis ne sera pas pire en 2008 qu'en 2007; ce qui serait perdu sur les volumes ne serait plus rongé par la compétitivité.
De ces éléments, il faut conclure que le ralentissement américain ne frappera pas l'Europe de plein fouet. En revanche, la crise financière et bancaire, qui est à la source du ralentissement américain, menace profondément notre économie. La défiance entre les institutions financières paralyse les marchés de refinancement. Sans marchés de refinancement, l'intermédiation entre épargnants et investisseurs est compromise, sur le territoire européen comme partout ailleurs. Plus la paralysie dure, plus la croissance et le cycle d'investissement, qui peinent à se confirmer en Europe, seront compromis. Comme lors de l'explosion de la bulle Internet, la transmission et la synchronisation des conjonctures ne sont pas le fait des flux de marchandises, mais des similarités dans les pratiques financières et des liens entre les institutions qui les portent. C'est cette réalité qui doit inspirer les réponses de politique économique.
Crédit photo : istockphoto.com
Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE
Alternatives Economiques n° 267 - mars 2008
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