L'avenir du capitalisme par Jean-Luc Gréau
Ed. Gallimard, 2005, 304 p., 19 euros.
Denis Clerc
Alternatives Economiques n° 234 - mars 2005
Instaurer le protectionnisme aux frontières de chacune des grandes zones économiques homogènes qui structurent le monde de manière à pouvoir lutter à armes égales entre égaux? Supprimer la Bourse, pour passer d'une situation où chaque actionnaire "zappe" d'un titre à l'autre à une relation stable et durable entre apporteurs de capital et entreprises? Remplacer le règne impérial du dollar par des monnaies régionales à taux de change ajustable, de type écu? Ces propositions émaneraient-elles d'un dangereux révolutionnaire?
On pourrait presque le croire, puisque, non content de secouer le cocotier de l'orthodoxie dominante, leur auteur se plaît à citer Marx, à dénoncer la déflation salariale et la plus-value relative que représente la montée des profits, liée à la baisse de la part des salaires. Pourtant, la plume est celle d'un ancien responsable salarié du Medef (dont il égratigne, sans le citer, l'actuel patron, parlant des "beaux esprits [qui] s'expriment couramment sur le thème de la "société du risque", [sans voir que] le risque majeur [est] suscité par la formation des bulles spéculatives" qui naissent sur les marchés financier ou immobilier).
Sa thèse: le capitalisme, gigantesque machine à produire des richesses, voit aujourd'hui sa dynamique étouffée; la mondialisation appauvrit le monde plus qu'elle ne l'enrichit, par la pression à la baisse exercée sur les salaires et les emplois dans les sociétés de vieille industrialisation; la locomotive américaine ne tire le train mondial qu'à coups de déficits et d'endettement croissant des ménages; la Bourse encourage la spéculation au lieu de financer l'accumulation du capital; et les crises financières empêchent les nations en émergence de sortir de la nasse.
L'analyse est souvent intéressante, la thèse argumentée, mais elle n'emporte pas la conviction: les Etats-Unis et la mondialisation responsables de nos maux? Sans doute un peu, mais à ce point…
Ed. Gallimard, 2005, 304 p., 19 euros.
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