Iran : la myopie des experts
Alternatives Internationales n° 029 - novembre 2005
La victoire de l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad aux élections présidentielles iraniennes a pris au dépourvu l'ensemble des capitales occidentales. Les spécialistes de l'Iran, qu'ils soient européens ou américains, n'avaient-ils pas tous prédit le succès des "pragmatiques", proches des conservateurs mais convaincus que la situation économique exige une attitude plus conciliante envers l'Occident? Encore dans le numéro de mars-avril 2005 de Foreign Affairs, des experts de renom comme K. Pollack et R. Takeyh avaient défendu cette thèse en esquissant la politique américaine après la victoire du "pragmatique" Hachemi Rafsandjani. Pourtant, le programme et les forces d'appui d'Ahmadinejad étaient parfaitement visibles pour ceux qui voulaient voir. D'où la question: comment se fait-il que personne n'ait rien vu venir? Pour le politiste Clifford Kupchan, écrivant dans la revue The National Interest, cet échec révèle la façon dont l'information circule en boucle parmi les experts en questions géopolitiques: un cercle très restreint d'analystes, recrutés en l'occurrence parmi les intellectuels iraniens exilés et avec une tendance à surestimer tout signe de changement positif, donne le ton dans les revues les plus prestigieuses, lesquelles font ensuite autorité dans le vaste milieu des think tanks stratégiques.
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