Homos, loin d'être égaux
Sophie Blitman
Alternatives Internationales n° 053 - décembre 2011
« Pires que des chiens et des porcs. » C'est ainsi que Robert Mugabe décrit les homosexuels. Si le propos est extrême, le président du Zimbabwe n'est pas le seul dirigeant politique à condamner l'homosexualité. Ils sont nombreux à parler d'une « maladie », tel le ministre de la Santé indien récemment (avant de se rétracter en partie), ou d'une déviance venue du monde occidental : pour le président ougandais, c'est un héritage du colonialisme - une idée largement répandue en Afrique. Fidel Castro a pu y voir un travers du capitalisme, avant de regretter publiquement en 2010 la persécution dont les homosexuels ont été victimes à Cuba ; sa nièce Mariela est devenue l'une des figures de proue du mouvement de défense des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) dans un pays où l'Etat finance des campagnes contre l'homophobie et les opérations de changement de sexe des transsexuels.
Si les représentations sont tenaces, les droits avancent, malgré tout. Mais de façon très inégale. Illégale dans près de quatre-vingts Etats, l'homosexualité est aujourd'hui passible de peine de mort dans neuf d'entre eux. L'Ouganda pourrait rejoindre cette liste, si était adopté le projet de loi - ajourné en mai 2011 mais pas annulé - qui menace les homosexuels locaux depuis 2009 (lire p. 64).
Si les gays sont en général davantage visés que les lesbiennes, celles-ci ne sont pas épargnées, notamment en Afrique du Sud où elles sont la cible de viols " correctifs " alors même que l'homosexualité est dépénalisée (lire p. 68). Inversement, là où celle-ci est considérée comme un crime, les peines légales ne sont pas toujours appliquées. L'homosexualité est alors tolérée de fait, dans une discrétion forcée. Et ce, alors que les associations qui les défendent estiment que les homosexuels représentent entre 5 et 10 % de la population mondiale.
La défense des droits des homosexuels se joue au niveau juridique, mais aussi auprès des populations, pour faire changer les mentalités. C'est sur ces deux fronts que se battent les associations, comme l'explique l'avocate camerounaise Alice Nkom (lire p. 70) : pression pour organiser une Gay Pride en Russie (lire p. 67), lutte contre les discriminations et les violences en Turquie (lire p. 68). En Colombie, face à un Congrès conservateur, les associations ont investi les tribunaux jusqu'à faire envisager le mariage homosexuel d'ici 2013 (lire p. 69). Reste la question du sida, qui touche d'autant plus les homosexuels que ceux-ci se cachent bien souvent, et constituent donc une population plus difficile à sensibiliser, comme le montre l'exemple de l'Inde (lire p. 66).
Informer, mais aussi affirmer l'égalité de tous, quelle que soit l'orientation sexuelle : c'est le sens de plusieurs initiatives internationales qui témoignent de progrès lents, mais réels. Après la déclaration signée en 2008 à l'ONU par soixante-huit pays, ils sont quatre-vingt à avoir ratifié celle présentée au Conseil des droits de l'Homme de Genève le 22 mars 2011. Intitulée " Déclaration conjointe sur la fin des actes de violence et des violations des Droits fondés sur l'orientation sexuelle et d'identité de genre ", elle a été suivie, en juin 2011, d'une résolution des Nations unies. Des textes qui doivent maintenant se traduire en actes.
Article issu du dossier Homos, loin d'être égaux
Sophie Blitman
Alternatives Internationales n° 053 - décembre 2011
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