Fonds souverains, le retour
Christian Chavagneux
Alternatives Economiques n° 291 - mai 2010
Depuis le second semestre 2009, les fonds souverains font de nouveau parler d'eux sur la scène internationale.
En mars dernier, l'assureur britannique Prudential a demandé le soutien financier de deux gros fonds souverains, l'un chinois, l'autre singapourien, pour l'aider à mettre la main sur AIA, la branche asiatique de l'assureur américain AIG. Leur permettant ainsi d'acquérir une place importante au capital de l'une des toutes premières compagnies d'assurances de la région. On apprenait dans le même temps qu'après le Brésil l'an dernier, l'Inde pourrait bientôt créer son propre fonds, de même que le Canada, le Japon ou la Thaïlande. En retrait pendant la crise, les fonds souverains sont de retour.
Selon le think tank britannique IFSL (1), ils géraient environ 3 800 milliards de dollars à la fin 2009. Les deux tiers de leurs ressources proviennent des devises acquises par des exportations de matières premières, le tiers restant de l'accumulation de réserves internationales ou d'opérations de privatisation.
Au cours de la crise, les fonds souverains ont successivement adopté trois stratégies. Pendant les premiers mois, de la fin 2007 au début 2008, ils ont voulu saisir l'opportunité de l'affaiblissement de grands établissements financiers internationaux pour mettre un pied dans leur capital. Ils ont ainsi dépensé environ 60 milliards de dollars pour devenir actionnaires d'établissements prestigieux comme Citigroup, Merrill Lynch ou UBS.
A partir du second semestre 2008, ils ont réorienté leur force de frappe financière vers le soutien de leurs systèmes bancaires et financiers nationaux en difficulté, qui ont reçu les trois quarts de leurs investissements. Ce qui a contribué à atténuer les critiques dont ils faisaient l'objet dans leur propre pays pour s'être un peu trop précipités au début de la crise au chevet des banques occidentales. La situation de celles-ci ayant continué à se dégrader fortement, la valeur des investissements des fonds souverains a chuté, leur infligeant de lourdes pertes. On a par exemple appris en mars dernier que le fonds singapourien GIC, qui avait recapitalisé la banque suisse UBS en décembre 2007, a vraisemblablement perdu 5 milliards de dollars dans la bataille.
Ce n'est que depuis le deuxième semestre 2009 que l'on entend de nouveau parler d'eux comme investisseurs internationaux. Mais sur la base d'une stratégie différente de celle qui prévalait avant la crise. Aujourd'hui, les investissements sont plus diversifiés, aussi bien sur le plan sectoriel (moins de capitaux placés dans la finance, plus dans l'industrie et les matières premières) que géographique (moins de présence aux Etats-Unis et en Europe, plus dans les pays émergents). La China Investment Corporation aurait ainsi été la plus présente à l'international l'an dernier avec 15 milliards de dollars investis, en particulier dans l'énergie, les mines et l'agriculture.
Et on n'a pas fini d'en entendre parler: selon les estimations de IFSL, les fonds souverains devraient gérer 5 500 milliards de dollars à la fin 2012.
(1)
"Sovereign Wealth Funds 2010", IFSL Research, mars 2010, accessible sur www.ifsl.org.ukChristian Chavagneux
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