Fin de partie en Grèce
Guillaume Duval
Article Web - 06 février 2012
Les Grecs ne supportent plus l'austérité imposée par les gouvernements européens, qui les plonge dans la récession au lieu de les aider à rembourser leurs dettes. Si l'Europe s'entête dans cette stratégie punitive contre-productive, la Grèce pourrait faire défaut et déstabiliser encore un peu plus la zone euro, craint Guillaume Duval dans sa chronique pour Radio Nova.
L'affaire grecque menace de nouveau de relancer la crise de la zone euro. Va-t-on en sortir un jour ?
Pas évident pour l'instant. On s'approche en effet d'une échéance décisive : le 20 mars prochain, la Grèce doit rembourser 14,5 milliards d'euros de dette. Si d'ici là un nouveau plan d'aide n'est pas conclu se produira ce qu'on appelle un « défaut » de l'Etat grec. Avec de lourdes conséquences pour la Grèce, mais aussi pour le reste de la zone euro…
Mais ça fait au moins six mois qu'on en parle de ce second plan grec…
Oui. Il est clair depuis l'été dernier que le plan de 110 milliards d'euros de mai 2010 ne suffira pas et qu'il en faut un autre. Les modalités de ce second plan ont été actées en octobre dernier lors d'un de ces X sommets décisifs qui ont « sauvé la zone euro »… Mais comme toujours le diable se niche dans les « détails ». Les banques devaient tout d'abord renoncer à une part de leurs créances sur l'Etat grec à hauteur de 100 milliards d'euros. Mais ce renoncement devait être volontaire, faute de quoi il aurait fallu payer les fameux Credit Default Swaps, les CDS, des assurances prises par les financiers. Avec des conséquences en chaîne inconnues pour la stabilité de la planète finance : en 2008-2009, ces CDS avaient joué un rôle important pour y propager la crise. Il a donc fallu négocier pied à pied avec les banquiers les détails de l'opération…
Mais côté aide publique ce n'est pas plus facile…
En effet. La seconde partie du plan consistait à apporter de nouveaux crédits à la Grèce à hauteur de 130 milliards d'euros, voire un peu plus compte tenu de la dégradation rapide de la situation économique en Grèce. Mais, là aussi, les négociations sont très difficiles parce que les dirigeants européens veulent obtenir des engagements supplémentaires du gouvernement grec en échange de ces prêts. Or, cela fait déjà deux ans que l'Europe impose à la Grèce des mesures d'austérité drastiques.
Celles-ci ont grosso modo été mises en œuvre même si c'est souvent avec un peu de retard : les différents groupes sociaux s'efforcent certes de préserver leurs rentes, mais la grande majorité des Grecs sont conscients que le pays a besoin de profondes réformes. Cependant, loin d'améliorer la situation et d'aider la Grèce à rééquilibrer ses comptes publics, cette austérité l'a fortement aggravée au contraire. 2011 était déjà la quatrième année de récession et en même temps la pire, avec un recul du produit intérieur brut (PIB) proche de 6 %, quasiment deux fois plus qu'en 2009 et 2010. Le revenu moyen des Grecs a baissé de 12 % depuis 2008… Tandis que la dette publique a quasiment doublé depuis 2007.
Alors, quand les Européens exigent de nouvelles coupes budgétaires et des baisses importantes de salaires dans le privé, les Grecs se demandent – légitimement – s'il s'agit vraiment d'aider leur pays à se redresser ou plutôt de le punir pour faire plaisir aux opinions publiques des pays prêteurs, et notamment à l'allemande. Le point de rupture semble proche, tant du côté des prêteurs que de la société grecque.
Comment en sortir ?
Ce jeu pervers risque d'aboutir à un défaut désordonné aux conséquences difficilement prévisibles dans leur ensemble mais certainement très négatives, tant pour les Grecs que pour le reste de la zone euro. Le plus raisonnable serait de reconnaître une bonne fois pour toutes que la Grèce, même après les abandons de créance du secteur privé, ne pourra pas rembourser tout ce qu'elle doit encore. De procéder en conséquence à un abandon de créance partiel de la part de la Banque centrale européenne (BCE) et des créanciers publics pour lui donner ainsi une vraie chance de repartir. Mais cela supposerait de sortir d'une logique moraliste et punitive dans laquelle l'Union reste encore enfermée. Une logique contre-productive qui non seulement pousse les Grecs à bout mais aussi prolonge et aggrave la crise de la zone euro.
Guillaume Duval
Article Web - 06 février 2012
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Je pense aussi que les banques émettrices de Credit Default Swaps n'ont pas du tout provisionné les fonds nécessaires pour rembourser les souscripteurs de CDS en cas de défaut, donc il faut sauver le soldat Goldman–Sachs et a n'importe quel prix.
http://et-pendant-ce-temps-la.eklablog.com/restructuration-de-la-dette-grecque-soupcon-de-corruption-a-la-bce-a39362567
Tribune écrite avec Olivier Hersent et publiée par Le Figaro de ce jour, page 16
http://www.guillaume-sarlat.fr/2012/02/le-traite-budgetaire-europeen-passe-a-cote-du-sujet/