Ethiquable, de 3 à 62 salariés en cinq ans
Dossier Web n° 029 - septembre 2008
Ils sont trois, la quarantaine dynamique, devenus amis lorsqu’ils étaient étudiants, et ils viennent de créer à Fleurance, dans le Gers, Echange équitable, la première Scop française dans le domaine du commerce équitable.
Rémi, commercial dans une maison de disque, était parti en province et était devenu responsable de la distribution en grandes surfaces d’une gamme de compléments alimentaires et de produits bio. Il développait les ventes et avait acquis une expérience importante des pratiques commerciales des grands distributeurs. En 2002, il propose à son associé un projet lié au commerce équitable. Sans succès. Il se tourne alors vers Stéphane.
Stéphane, consultant au sein d’un cabinet d’aide au développement, s’occupait de projets de réorganisation de filières agricoles, comme celle du coton au Bénin, et d’actions d’appui à la commercialisation de produits (sucre, huile, etc.) dans les pays du Sud. Lassé de rédiger des rapports au sein de son cabinet, Stéphane cherchait une activité plus opérationnelle.
Christophe les rejoint. Il partageait la maison de Stéphane au Mali lorsque tous deux étaient Volontaires du progrès. Depuis, il a collaboré avec différentes ONG de développement rural en appui à des organisations paysannes liées aux réseaux du commerce équitable.
Les trois amis se rencontrent et, rapidement, Stéphane et Christophe se prennent au jeu initié par Rémi : créer une entreprise pour distribuer en grande surface des produits du commerce équitable achetés en Afrique et en Amérique latine. Ils passent quelques semaines à rédiger le projet et produisent un document qui est à la fois un plan d’affaires et un pacte informel entre associés. Avant même de le finaliser, cela leur saute aux yeux : ce sera une Scop. « Notre plus grande force est notre complémentarité. Avec la Scop chacun peut apporter sa compétence sans hiérarchie », se félicite Stéphane.
Tour de table
Commence ensuite la constitution du tour de table. 25 personnes, des amis et la famille, apportent plus de 150 000 euros. Mais impossible de les associer directement au capital car, en vertu du principe « une personne = une voix », les trois porteurs de projet seraient minoritaires en droits de vote (ce qu’interdit le statut Scop). Pour résoudre ce problème, ils créent une société anonyme simplifiée (1) qui apporte près de la moitié du capital, mais ne compte que pour une voix ! Le recours à l’emprunt est cependant incontournable. « Nous avons réussi à lever deux fois et demi plus de fonds sous forme d’emprunts que par les fonds propres. Cela aurait été impossible si nous n’avions pas opté pour le statut Scop, notamment parce que nous avons bénéficié des outils financiers et des réseaux de l’économie sociale », rappelle Stéphane. Socoden, Spot, le Crédit coopératif et la NefLa Scop est créée en juillet 2003 et l’activité peut commencer. rejoignent le tour de table.
Les trois amis démarchent les directeurs de magasin et les centrales d’achat régionales. « Pour certains directeurs, le statut Scop avait une image collectiviste », s’amuse Stéphane. Mais dans l’ensemble, l’accueil est positif : le commerce équitable séduit, leurs interlocuteurs sont rassurés d’avoir affaire à des gens qui utilisent un langage « pro ». Fin octobre 2003, le thé, le café, les jus de fruit, le riz et le sucre d’Echange équitable sont distribués sous la marque Ethiquable dans 45 magasins et engendrent un chiffre d’affaires de 35 000 euros.
Echange équitable devient Ethiquable, mais la philosophie n’a pas changé
Trois ans plus tard, en 2006, la coopérative –qui désormais s’appelle Ethiquable - réalise un chiffe d’affaires de 13,6 millions d’euros avec une gamme de plus de 100 produits alimentaires vendus dans plus de 3 000 points de vente en France. Aujourd’hui, ce sont 62 salariés associés (ou en phase de l’être, les salariés ayant l’obligation de devenir associés au bout de deux ans d’activité) qui travaillent au sein de ce projet collectif.
Un tel développement n’a pas empêché l’entreprise de garder sa philosophie de départ. Par exemple, la majorité des emplois ont été créés sur le site d’origine, à Fleurance, afin de contribuer au développement de cette région rurale. De plus, la Scop privilégie, quand cela est possible, une transformation finale des produits dans les pays d’origine, afin de maintenir sur place la valeur ajoutée.
Ethiquable a choisi de travailler avec la grande distribution pour offrir le maximum de débouchés aux producteurs. Mais pour ne pas sacrifier leur éthique sur l’autel du développement, les créateurs ont dès le lancement édicté un cahier des charges qui précise le taux de marge et exclut toute pratique de marge arrière. Car ils connaissent les pratiques de la grande distribution : réduire ses marges pour faire des opérations promotionnelles et doper les ventes, puis se retourner vers le fournisseur en lui demandant une compensation financière. En trois ans d’activité, Ethiquable n’a pas payé de marge arrière, quitte à ne pas voir ses produits sur les rayons des magasins Géant qui ne fonctionnent que sur ce principe. Si la coopérative a, selon Rémi, réussi à faire accepter sa position par les distributeurs partenaires, la difficulté vient de ceux qu’il nomme les « fournisseurs hybrides » pour lesquels le commerce équitable n’est qu’une niche. Ces fournisseurs, qui n’ont pas de réel projet de développement du commerce équitable, entrent en concurrence avec le projet Ethiquable car ils n’ont pas de démarche de limite des marges, et proposent aux distributeurs d’avoir recours aux marges arrières.
Pour se différencier, Ethiquable s’appuie sur deux labels : d’une part Max Havelaar, qui garantit que les produits entrent bien dans le champ du commerce équitable, mais aussi le « label Scop » qui, selon l’expression de Stéphane, « garantit que l’on ne va pas faire de plus-value sur le dos des producteurs ». Car les trois associés veulent être un trait d’union entre les producteurs du Sud et les consommateurs du Nord, ce qui suppose de faire des arbitrages constants entre l’économique et le social. Ce sont ces arbitrages qui font de Rémi, Stéphane et Christophe de véritables entrepreneurs sociaux. Un terme qu’ils revendiquent, parce qu’il est, disent-ils, « au cœur de notre motivation ».
Contact : Echange équitable, Saint laurent, ZI, 32500 Fleurance, tél. : 05 62 06 05 06, courriel : info@echange-equitable.com, site Internet : www.echange-equitable.com
(1) La forme juridique d’une SAS est très proche de celui de la SA, mais son fonctionnement est plus souple, notamment parce qu’elle n’oblige pas d’avoir un nombre d’associés minimum comme la SA.
(2) Les marges arrière sont une pratique courante de la grande distribution qui consiste à demander aux fournisseurs de payer des encarts publicitaires, des journées d’animation, des têtes de gondole, etc.
Dossier Web n° 029 - septembre 2008
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Ethiquable paye t'il donc les fameuses marges arrières ? apparement oui