Etats-Unis : business et politique, Qui influence qui ?
Alternatives Internationales n° 029 - novembre 2005
Le poids des milieux d'affaires dans la vie politique américaine est bien connu, et les critiques ne manquent pas pour dire qu'il s'est encore renforcé sous l'administration Bush. Les adversaires avérés du président, comme l'économiste Paul Krugman dans ses chroniques du New York Times, font volontiers le procès du "corporate welfare", expression ironique pour désigner les faveurs accordées par l'Etat aux grandes entreprises. Pourtant, une critique inverse émerge dans le débat américain, alimentée par de nombreux livres sur la Maison Blanche (The Price of Loyalty de Ron Suskind, décrivant les processus de décision au Secrétariat du Trésor, Plan of Attack de Bob Woodward, sur les préparatifs de la guerre en Irak…): loin de triompher sur les hommes politiques, les entreprises risqueraient au contraire de perdre leur autonomie, voire leur droit de parole. Ainsi, fait remarquer l'économiste Jeffrey Garten dans BusinessWeek, les grands patrons savent que le déficit public creusé par Bush n'est pas sans danger pour le système financier dans son ensemble. Pourquoi ne tirent-ils pas la sonnette d'alarme? C'est que le climat d'affrontement partisan leur fait craindre des représailles contre toute forme d'insubordination. L'Association du cinéma américain, "punie" par la suppression d'un crédit d'impôt de 1,5 milliard de dollars pour avoir recruté à sa tête un ancien de l'administration Clinton, est là pour rappeler que ces craintes ne sont pas infondées.
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