Energies renouvelables : intox sur les coûts
Antoine de Ravignan
Alternatives Economiques n° 291 - mai 2010
Jugé souvent coûteux, le soutien à l'éolien et aux autres formes d'électricité verte n'a en réalité jamais été aussi faible.
Après l'enterrement de la taxe carbone, c'est l'énergie éolienne qui se voit mettre des bâtons dans les pales. Si les députés suivent, dans le cadre de la discussion de la loi Grenelle II, les recommandations de la mission parlementaire d'information sur l'énergie éolienne, publiées le 30 mars dernier (1), planter une éolienne risque de devenir de plus en plus difficile.
Ainsi, la mission parlementaire a proposé d'imposer une taille minimale aux parcs éoliens (5 mâts et 15 à 20 mégawatts de puissance) et d'y appliquer le régime des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) qui s'impose aux sites industriels présentant un risque écologique, tels que les usines, les entrepôts ou les élevages. Pourtant, "les éoliennes ne font pas courir à la population un risque comparable", a protesté Christian Garnier, le vice-président de France Nature Environnement.
La mission parlementaire stigmatise également les "importants surcoûts" de l'éolien. Elle souligne notamment que, selon la Commission de régulation de l'énergie (CRE), une tonne de CO2 évitée grâce à une éolienne (à terre) coûte entre 230 et 280 euros, contre 2 euros pour une économie équivalente générée par l'isolation thermique des bâtiments.
S'il est incontestable que l'énergie la moins chère est celle que l'on évite de consommer, cet argument est employé de manière très fallacieuse. En effet, il laisse à croire que le développement de l'éolien représente une facture exorbitante pour la collectivité, alors qu'il coûte en réalité de moins en moins cher. C'est ce que montre l'analyse des chiffres publiés par la CRE (2), un exercice auquel la mission parlementaire a manifestement omis de se livrer. Explications.
L'électricité éolienne bénéficie d'un tarif de rachat garanti destiné à soutenir l'essor de cette filière encore jeune. L'écart entre le prix de rachat de l'électricité éolienne et le prix du marché est payé par le consommateur, via la contribution au service public de l'électricité, la CSPE. Or, cette subvention, qui était de 52 euros par mégawattheure (MWh) en 2003, est tombée à 14 euros en 2009, en raison, surtout, du triplement des prix moyens de l'électricité sur cette période, eux-mêmes orientés à la hausse par ceux du gaz et du pétrole.
Certes, dans le même temps, la production éolienne a bondi, ce qui a accru la charge de soutien à la filière. Mais pas de façon proportionnelle, très loin s'en faut: alors que le soutien payé par le consommateur a été multiplié par trois de 2003 à 2009 (31 millions à 107 millions d'euros), la production éolienne a été multipliée par huit. Mieux, entre 2007 et 2009, toujours en raison du rapprochement entre le tarif de rachat de l'éolien et celui du marché de gros, le soutien à l'éolien acquitté par la collectivité a chuté de 159 millions d'euros à 107 millions, tandis que la production éolienne doublait. Une production qui, par ailleurs, représente déjà 10 000 emplois en France. "Importants surcoûts", dites-vous?
(1) Mission présidée par Patrick Ollier, député UMP des Hauts-de-Seine. rapport sur: www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i2398.asp
(2) www.cre.fr, voir onglet "Espace opérateurs").
Antoine de Ravignan
Alternatives Economiques n° 291 - mai 2010
Notes
(1) Mission présidée par Patrick Ollier, député UMP des Hauts-de-Seine. rapport sur: www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i2398.asp
(2) www.cre.fr, voir onglet "Espace opérateurs").
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Certes la subvention par MWh éolien diminue (encore faudrait-il tenir compte du tarif de rachat imposé et donc rajouter 6 Euros par MWh), mais le prix moyen du MWh explose ! ! !
Et les centrales nucléaire c'est plus de 100 000 emplois en France, sans compter l'amont et l'aval du cycle.
Je ne suis pas contre l'éolien à condition que le surcoût imposé à tous les abonnés à l'électricité n'aille pas engraisser des opérateurs privés mais soit géré pour le bien public par EDF.
Celui-ci fait l’objet d’une « bulle spéculative sans précédent » (selon le gouvernement). En effet EDF a l’obligation d’acheter l’électricité photovoltaïque produite pendant 20 ans. Le tarif est particulièrement attractif et les demandes affluent, avec de gros projets.
Selon ERDF, les installations photovoltaïques raccordées au réseau métropole fin mars 2010 représentaient une puissance de 271 MW. Mais les systèmes en attente de raccordement atteignent 3.207 MW.
L’engagement de rachat aura des conséquences financières lourdes pour les consommateurs, via la contribution au service public de l'électricité (CSPE). Le consommateur paie la CSPE au prorata de la quantité d'électricité consommée. Ce système risque d’affecter particulièrement les personnes défavorisées qui ont un chauffage électrique dans un logement mal isolé et des appareils électriques (réfrigérateurs...) peu performants.
Autant le photovolyaïque s'intègere avec discrétion partout sans problème, autant l'éolien défigure un peu durement certains paysages qui n'en demandaient pas tant..
Juste pour réfléchir ensemble !
Henri de Biocomtout