Emploi-Croissance :la méthode Villepin
Denis Clerc
Alternatives Economiques n° 239 - septembre 2005
Le gouvernement a effectivement défini en cent jours une nouvelle politique de l'emploi. Mais les résultats demeurent bien incertains.
Les cent jours que s'était donnés le nouveau Premier ministre, Dominique de Villepin, au lendemain de la victoire du Non au référendum du 29 mai sont quasiment écoulés. Sa priorité, avait-il alors déclaré, serait l'emploi. Une nouvelle impulsion a bien été donnée. Mais les décisions prises ont peu de chances de réduire substantiellement le chômage dans un délai raisonnable. Plus largement, ce sera la capacité du gouvernement à redynamiser une économie en voie de ralentissement sensible et inquiétant qui sera décisive. Car chacun sait que, sans un minimum de croissance, le chômage ne peut guère reculer, le financement de la protection sociale être assuré et la pauvreté réduite. Mais cela a peu de chance de se produire.
Cent jours? C'était de toute façon "mission impossible". D'abord parce que le gouvernement est pris dans des "injonctions paradoxales", comme disent les psychologues pour désigner des situations où quelqu'un est sommé de faire quelque chose et son contraire. Comment stimuler l'économie lorsqu'il faut, pour réduire le déficit public, retirer du flux des dépenses près d'un point de produit intérieur brut (PIB), sans pour autant baisser les impôts et transférer ainsi du pouvoir d'achat au secteur privé? La croissance est alors inévitablement réduite d'autant, au moins dans un premier temps. Acceptable lorsque la dynamique économique est acquise, cette politique est incompatible avec le souhait de la faire redémarrer. A terme, réduire la vitesse de façon anticipée peut permettre d'attraper le feu quand il passe au vert et de ne pas avoir à stopper, mais pour l'année qui vient, inutile de se raconter d'histoire.
Mission impossible également pour l'emploi, mais pour une autre raison. A supposer que les blocages de l'embauche résultent de dysfonctionnements du marché du travail - ce qui reste à démontrer -, la réforme de ce dernier ne peut avoir des effets sur l'emploi qu'à long terme, tandis qu'à court terme, c'est l'accroissement de la précarité qui l'emporte. Dans un contexte de croissance ralentie, la conclusion serait connue d'avance si le gouvernement n'avait décidé de jouer massivement la carte des emplois aidés. Si bien que, paradoxalement, le chômage devrait se réduire quelque peu dans les mois à venir. Mais au prix de dépenses publiques supplémentaires. Donc en accentuant le caractère contradictoire de l'injonction économique. Pas facile d'être Premier ministre par les temps qui courent.
- L'emploi peut-il s'améliorer ?
- La croissance peut-elle repartir ?
- " Un système social ne se change pas comme une ligne de production "
Le taux de chômage devrait légèrement baisser dans les prochains mois. Mais les mesures décidées par Dominique de Villepin au mois d'août n'y seront pas pour grand-chose.
La croissance devrait rester faible. Principale responsable: la politique économique du gouvernement.
Que pensez-vous de la référence au modèle danois? Comme les autres expériences nordiques, le système danois est intéressant. In'est cependant pas exempt de contradictions. Les moyens financiers et humains alloués à l'indemnisation et à l'accompagnement des chômeurs sont considérables. Pour autant, cela n'empêche pas certaines formes de précarisation et de déclassement des salariés. ...
Denis Clerc
Alternatives Economiques n° 239 - septembre 2005
-
Abonnement et réabonnement
-
J'achète un numéro -
Inscription à la newsletter -
Forfait de consultation de 30 articles pendant 48H -
Extension d'accès aux archives -
Cédérom d'archives -
Mon espace personnel -
Tous les livres de la collection Alternatives Economiques
-
Collection pédagogique
- Qui sommes-nous ?
- L'association des amis d'Alternatives Internationales
- Conditions générales de vente




























Commenter cet article










