Droits de l'homme et diplomatie : l'impossible alliance ?
Alternatives Internationales n° 051 - juin 2011
L'acharnement de la France à défendre jusqu'au bout les régimes de Ben Ali ou de Moubarak montre les limites d'une diplomatie qui, sous couvert d'intérêts et de stabilité, relègue les dossiers qui fâchent. Comment d'autres démocraties fixent-elles leurs priorités ? A quel prix ?
- Droits de l'homme et diplomatie : l'impossible alliance ? (introduction au dossier)
- Allemagne/Chine : l'économie d'abord... les dissidents ensuite
- Etats-Unis/Arabie saoudite : et surtout, ne nous fâchons pas...
- Japon/Birmanie : les valeurs, placement à risque
- Royaume-Uni/Zimbabwe : repenser les plaies de la colonisation ?
- Brésil/Cuba : copains d'avant, ennemis de demain ?
- "La France n'utilise pas toute son influence"
Quand on lui rappelle les silences passés de la France, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, monte en généralité : " Qui n'a pas eu de relations avec l'ancien régime (tunisien) ? Qui n'a pas eu de relations avec l'ancien régime libyen ? Qui n'a pas eu de relations avec l'ancien régime égyptien ? Les relations internationales sont ce qu'elles sont. Il y a des gouvernements en exercice et on travaille avec ces gouvernements, voilà ! ...
Pour Berlin, ce sont d'abord les échanges économiques qui favoriseront une ouverture politique à Pékin. Ce qui n'empêche pas Angela Merkel de critiquer symboliquement les violations des droits de l'homme.
Les révoltes arabes ont mis à mal les relations entre Washington et Riyad. Mais les intérêts militaires et économiques rattrapent vite les divergences politiques. Quitte à ajuster les critiques au gré des mécontentements.
En rompant sa vieille alliance avec la Birmanie pour conditionner toute nouvelle aide bilatérale à un effort de démocratisation, le Japon a laissé le champ libre à son rival chinois, devenu le principal soutien de la junte.
Indépendant en 1980 au terme d'un accord flou, le Zimbabwe n'est pas parvenu à faire financer sa réforme agraire par son ancienne tutelle. Un refus qui consolide paradoxalement les dérives du pouvoir du président Mugabe.
Le président Lula n'a jamais condamné la politique répressive de Cuba ni caché ses relations amicales avec les frères Castro. Aujourd'hui, Dilma Rousseff semble prête à hausser le ton, même face aux alliés de Brasília.
Si la France a défendu l'adoption de normes internationales en matière de droits de l'homme, elle craint les représailles quand elle se trouve seule face aux Etats qui les violent. D'où la nécessité d'agir au niveau européen.
Les droits de l'homme, Danièle Lochak, La Découverte, 2009.
Diplomatie et droits de l'homme,
La Documentation française, 2008.
Droits de l'homme et diplomatie. Entre éthique et volonté de puissance, Bertrand Badie, Fayard, 2002.
Humanitaire, diplomatie et droits de l'homme, Rony Brauman, Ed du Cygne, 2009.
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