Droits de l'homme : répression aux Maldives |
Marie-Amélie Carpio
Alternatives Internationales n° 026 - juillet 2005
Tout n'est que luxe, calme et volupté pour les 500000 touristes fortunés qui fréquentent chaque année les plages des Maldives. Mais pour ses 300000 habitants, le paradis tropical fait surtout figure de village Potemkine. Car les coulisses du régime du président Maumoon Abdul Gayoom, élu en 1978, sont entachées de constantes violations des droits de l'homme. En vingt-sept ans d'un règne ininterrompu, entouré d'une coterie de parents et de fidèles, il a progressivement concentré entre ses mains tous les pouvoirs. Les partis ont été interdits de fait, la presse censurée et le parlement mis au pas avec l'arrestation de plusieurs députés réformistes depuis 2001. Les voix dissidentes sont victimes d'intimidations, de détentions arbitraires et autres bannissements ponctuels sur des atolls isolés. Ainsi, Mohamed Mahir, l'une des grandes figures de l'opposition, un homme d'affaires arrêté à de nombreuses reprises dans les années 80 pour avoir écrit des poèmes jugés trop critiques, contraint à l'exil dans les années 90, a été emprisonné de nouveau en 2004. Ces dernières années, le régime s'est encore durci avec l'éveil de la société civile. Longtemps en effet, la réussite économique qui auréole le président a dissuadé toute contestation: grâce au tourisme, le revenu par habitant s'élève aujourd'hui à 2350 dollars par an. Mais les temps changent: l'absence d'alternance et de liberté pèse, en particulier à la nouvelle génération, ces moins de 25 ans qui représentent plus de 60% de la population. Ils sont aussi aiguillonnés en ce sens par l'action de fondations américaines oeuvrant pour la démocratie tel le National Democratic Institute, connu pour son rôle en Ukraine. La société civile est ainsi devenue le terreau d'un mouvement réclamant la démocratie: en 2001, un groupe de politiques, d'universitaires et de journalistes sollicitaient en vain l'autorisation de créer le Parti démocratique maldivien, qui s'est constitué en exil à Sri Lanka. Trois ans plus tard, ce sont des milliers de personnes avides de réformes qui participaient à des manifestations pacifiques durement réprimées à Malé, la capitale. Dans son rapport "Maldives, the dark side of life", l'Asian Center for Human Rights dénonce les arrestations arbitraires, les mauvais traitements et la torture dont ont été victimes les manifestants. L'ONG basée à New Delhi évoque le sort de 50 d'entre eux, détenus pendant plusieurs mois sans inculpation. Elle stigmatise la faiblesse du projet de réforme constitutionnelle déposé par le président, qu'elle juge, alors que le leader démocrate Mohammed Nasheed a été arrêté en juin dernier, comme une manoeuvre purement cosmétique. Et en appelle aux pressions de la communauté internationale pour une réelle transition politique. Des pressions pour l'heure purement symboliques: une condamnation de principe de l'Union européenne a suivi la répression du mouvement démocratique et les bailleurs de fonds ont déçu l'opposition locale en n'imposant aucune condition à leur aide à la reconstruction après le tsunami.
Asian Center for Human Rights: www.achrweb.org
Marie-Amélie Carpio
Alternatives Internationales n° 026 - juillet 2005
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