Double jeu
Yann Mens
Alternatives Internationales n° 027 - septembre 2005
La position est sans doute inconfortable, mais installons-nous cinq minutes dans le fauteuil du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. Et regardons par la fenêtre jusqu'aux frontières du pays. A l'ouest (Irak) et à l'est (Afghanistan), campe la première puissance nucléaire du monde, les Etats-Unis, qui ne cache pas sa volonté de voir tomber le régime de Téhéran. Au sud-est, un régime aux desseins incertains, celui du général pakistanais Pervez Musharraf, est également doté de l'arme nucléaire. Comme, juste derrière lui, l'immense Inde. Si l'on élargit un peu le regard, on tombe sur Israël dont l'armement atomique et l'hostilité à la République islamique (payée de retour) sont connus. Puis sur la Russie, deuxième puissance nucléaire du monde. Certes, tous les voisins, permanents ou provisoires (Etats-Unis), de l'Iran ne sont pas ses ennemis. En tout cas, aujourd'hui. Mais gouverner n'est-ce pas prévoir? Si Charles de Gaulle régnait à Téhéran, il est probable qu'en vertu du principe de précaution militaire, sans même parler du rang occupé par sa nation, il équiperait le pays de l'arme de dissuasion. N'en déplaise aux puissants de ce monde, à commencer par Washington.
Certes, Téhéran a signé le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qui lui interdit de passer du nucléaire civil au militaire. Un pas qu'il n'a pas encore franchi même s'il en meurt d'envie. Mais le TNP fuit de partout. D'abord, trois Etats proches de l'Iran (Israël, Pakistan, Inde) ne l'ont pas signé et se sont dotés de l'arme nucléaire. Ont-ils été ostracisés par le reste du monde? Non. Critiqués? Guère. Ensuite, la Corée du Nord, signataire du TNP, l'a clandestinement violé. Après l'avoir quitté, elle campe sur son programme nucléaire et négocie avec Washington alors même qu'elle figure sur l'axe du mal. Enfin, les cinq Etats (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie), dont le TNP a béni l'équipement nucléaire militaire simplement parce qu'ils s'en sont dotés avant la signature du Traité en 1968, freinent des quatre fers pour démanteler leur arsenal.
Et font phosphorer leurs scientifiques pour imaginer de nouvelles bombes. Calons-nous dans le fauteuil de Mahmoud Ahmadinejad. A sa place, renoncerions-nous à l'arme nucléaire, la plus sage décision dans l'intérêt de l'humanité? Ou bien comme Washington, Paris ou Londres, choisirions-nous la dissuasion dans l'espoir (improbable) de protéger nos compatriotes? En matière nucléaire, le mauvais exemple vient de partout, Tel Aviv ou New Delhi. Mais l'hypocrisie vient d'en haut. Des cinq pays pas tous démocratiques qui, depuis leur siège permanent au Conseil de sécurité, sont censés promouvoir la paix. Mais refusent de renoncer à leurs armes de destruction massive.
Yann Mens
Alternatives Internationales n° 027 - septembre 2005
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2. Un bref échange action / ripostes entre Israel et l'Iran ?
3. Une vraie guerre Israel / Iran associant Hezbollah, Gaza, Syrie ?
4. ...
Quelle réponse donner à cette question trouvée sur Pnyx: http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/530
Est-ce un hasard si, après plusieurs années de valses-hésitations, les rapports de force semblent se figer au moment où les relations entre le Chine et les USA n'ont, depuis très longtemps, été aussi tendues sur nombre de dossiers ?