Dictionnaire des Khmers rouges / Le maître des aveux
Irasec/Les Indes Savantes (543 p, 35 euros).
Gallimard (373 p., 21 euros).
Christian Lechervy
Alternatives Internationales n° 052 - septembre 2011
Historiens, journalistes, étudiants qui vous intéressez au Cambodge des Khmers rouges, ne manquez pas d'avoir sur votre table de travail le dictionnaire de Solomon Kane : 276 entrées biographiques, une analyse de la vie quotidienne à l'ère du Kampuchéa démocratique et de ses entités combattantes - cartes à l'appui -, un index thématique, une chronologie et une bibliographie… Rigoureux et concis, l'ouvrage réalisé par le tout nouveau rédacteur en chef du trimestriel Asies, lancé en juin 2011, est un outil sans équivalent. Une réussite que l'on doit au travail méticuleux de son auteur, mais également aux efforts conjugués d'un éditeur, Frédéric Mantienne, obstiné à présenter depuis une décennie des ouvrages de qualité sur l'Asie-Pacifique, et de l'Institut de recherche sur l'Asie du Sud-Est contemporaine (Irasec), une institution installée à Bangkok depuis 2001 qui analyse les réalités politiques, économiques et sociales des dix pays de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean). Si l'Asean a su cautériser les plaies de la guerre froide, puis des affrontements de la troisième guerre d'Indochine (1979-1991) et détruire le mur de Bambou qui séparait ses Etats fondateurs de l'Indochine " communisée ", le Cambodge en est encore à devoir se regarder dans la glace de l'histoire. Le tribunal chargé de juger les dirigeants khmers rouges en est l'occasion depuis 2006.
De février à novembre 2009, Kaing Guek Eav, alias " Douch ", a été appelé à répondre de ses crimes pour avoir dirigé à Phnom Penh le centre de détention et d'interrogatoire S-21, responsable de la mort de plus de 12 000 personnes. Le journaliste français Thierry Cruvellier, après avoir suivi l'action de la justice internationale au Rwanda (Le tribunal des vaincus, Calmann-Lévy, 2006), s'est consacré, jour après jour, aux audiences du premier procès du polpotisme depuis 1979, dossier dit 001. Son manuscrit n'est pas un journal de la procédure pénale mais à la fois l'histoire d'une vie, un examen de la paranoïa d'un système politique, des pratiques carcérales et de la torture, et une réflexion sur ce que le défenseur français de Douch, maître François Roux, a appelé lors de sa plaidoirie le crime d'obéissance ou de soumission. Toutefois, si l'ex-cadre khmer rouge a accepté d'endosser la responsabilité de certains de ses crimes, c'est à ses conditions, essayant de peindre l'image d'un participant malgré lui, cadenassé par un carcan dont il ne pouvait s'échapper, piégé par le secret et la terreur. Dès lors, les aveux formulés par un tortionnaire devenu évangéliste apparaissent comme le fruit d'un compromis entre une conscience affaiblie et quelques intérêts prosaïques. Néanmoins, au cours de son procès comme de l'instruction, Douch s'est révélé un justiciable combatif, maître du détail et doté, trente-quatre ans après le début des faits, d'une mémoire brillante bien que sélective. Une attitude qui est aussi celle qu'a décidé d'adopter Khieu Samphan, l'ex-président du praesidium du bureau politique khmer rouge (cf. L'histoire récente du Cambodge et mes prises de position, L'Harmattan, 2004, 172 p.) qui sera jugé à l'heure de la mise en librairie du livre de Thierry Cruvellier (le 21 septembre) dans le cadre du dossier dit 002. Avec Nuon Chea, Ieng Ary et Khieu Thirith, les derniers survivants du premier cercle de la direction khmère rouge.
Irasec/Les Indes Savantes (543 p, 35 euros).
Gallimard (373 p., 21 euros).
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