Développement : la microfinance dans la tourmente
Alternatives Internationales n° 052 - septembre 2011
Adorée hier comme la panacée pour sortir des millions d'êtres humains de la misère, la microfinance est aujourd'hui brûlée comme une machine à enrichir les créanciers sur le dos de pauvres. Elle ne mérite aucun de ces excès. Mais, comme outil de développement, elle ne vaut que si elle est manipulée avec précaution.
- La microfinance dans la tourmente (introduction au dossier)
- Bosnie-Herzégovine : la déroute du microcrédit
- Inde : retour de balancier
- Bangladesh : l'affaire Yunus
- Brésil : Les "vraies" banques prêtent aux pauvres
- Burkina Faso : les paysans d'abord
- "Le travail des débiteurs nourrit le capital des créanciers"
C'est une règle du genre. Les livres vantant les mérites de la microfinance se doivent de débuter par une belle histoire. Qui, comme les contes de fées, commence et finit invariablement de la même manière. Il était une fois Rita, pauvre paysanne ghanéenne qui élevait seule ses cinq enfants. ...
Après avoir été la terre d'élection du microcrédit en Europe centrale, la Bosnie-Herzégovine a été le théâtre de l'une de ses faillites retentissantes. Tout commence après la signature des accords de Dayton, en décembre 1995, qui met fin à trois années de guerre civile. ...
Défauts de paiement, surdendettement, suicides… Après avoir été la Mecque du microcrédit, l'Etat indien de l'Andhra Pradesh est devenu le symbole de ses dérives. Les autorités tentent à présent d'imposer une régulation stricte.
Victime des attaques du gouvernement de son pays, Muhammad Yunus, le fondateur et directeur de la Grameen Bank, la plus célèbre institution de microfinance au monde, a été contraint à la démission le 12 mai dernier. Quelques jours plus tôt, la Cour suprême du Bangladesh avait confirmé une décision de justice validant la décision du conseil d'administration de la Grameen de limoger Yunus, 70 ans, pour cause de franchissement de la limite d'âge. ...
A la différence de ses voisins, le géant latino-américain s'est ouvert sur le tard au microcrédit. Le gouvernement y encadre fortement cette activité et cherche par ailleurs activement à y impliquer les banques commerciales classiques.
« La banque des paysans, aux conditions des paysans » : c'est la devise du Réseau des Baoré Tradition d'épargne et de crédit (RBTEC). Qui revient de loin. Le RBTEC a été créé en 1992 à l'initiative de la Fédération des groupements Naam, une organisation rurale burkinabé engagée dans le développement local. Objectif : offrir à ses 600 000 membres un accès au crédit grâce à la collecte de leur épargne. ...
Le paysage du microcrédit tend à être dominé par des acteurs financiers privés dont l'objectif n'est pas le développement mais le contrôle d'une activité qui peut s'avérer plus lucrative. En face, la résistance s'organise.
Banquiers aux pieds nus. La microfinance, Jean-Michel Servet, éd. Odile Jacob, 2006. Voir aussi parmi les nombreux travaux de J.-M. Servet : L'inclusion financière au Maroc par la microfinance, juin 2010, www.epargnesansfrontiere.org
La microfinance. La fin de l'exclusion ? Sylvain Allemand, Ellipses, 2011.
Nouveaux acteurs de la microfinance ou du meilleur profit ?, Défis Sud, 2010. Femmes et microfinance, Isabelle Guérin, Jane Palier, Benoît Prevost, éd. Archives contemporaines, 2009.
Why Doesn't Microfinance Work ? The Destructive Rise of Local Neoliberalism,
Milford bateman, éd. Zed Books, 2010.
Revue Techniques financières et développement (TFD), éditée par l'association Epargne sans frontières, www.epargnesansfrontiere.org
SUR LA TOILE
Consultative Group to Assist the Poor : www.cgap.org Portail de la microfinance : www.microfinancegateway.org Center for Global Development : www.cgdev.org
Blog de David Roodman : http://blogs.cgdev.org/open_book Sommet du microcrédit : www.microcreditsummit.org
Alternatives Internationales n° 052 - septembre 2011
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Il y a en réalité deux grandes causes à la crise du micro-crédit, et une série de bonnes pratiques à mettre en place pour permettre à l'outil d'exister sainement.
La première cause de la situation actuelle est « structurelle » : le micro-crédit s'est éloigné de sa mission première. Les plus gros organismes de micro-crédit font aujourd'hui quasi exclusivement appel à des capitaux privés pour financer une croissance exponentielle. Les actionnaires à la tête de ces organismes n'ont pas comme objectif premier la lutte contre la pauvreté, ils poursuivent avec le micro-crédit un objectif de croissance et de rentabilité, ce qui n'est pas la mission initiale du micro-crédit.
La seconde est « conjoncturelle » : elle passe par l'augmentation du nombre de défaillances, dues au surendettement et la saturation du marché. Les media ont largement parlé des problèmes de surendettement, conséquences d'une « course aux pauvres » que ce sont lancés les organismes en quête de rentabilité maximale, abandonnant tout contrôle sur la solvabilité ou la fiabilité des projets. En revanche, on a peu évoqué le phénomène de saturation. Jusque-là, un bénéficiaire de micro-crédit remboursait correctement afin de pouvoir bénéficier d'un second micro-crédit auprès du même organisme. Mais dès le moment où un bénéficiaire peut aller voir un des nombreux autres organismes pour avoir un autre micro-crédit, pourquoi rembourser le premier ? C'est encore l'absence de contrôle des organismes de micro-crédit et l'abondance d'offres qui a amené cette situation !
Dans ce contexte, où les critiques (légitimes) commencent donc à pointer à propos de certaines institutions de microcrédit (sur)capitalisées, nous estimons que le modèle associatif sans but lucratif est une garantie supplémentaire permettant d'assurer la mission sociale initiale du micro-crédit sans céder à la pression d'une simple logique de croissance et de rentabilité. C'est le choix que nous avons fait en créant l'association « Xetic ».
Privilégier la dimension sociale au retour sur investissement. Voilà le critère essentiel qui guide notre action !
Face à cette crise, nous pensons également qu'une attention encore plus importante doit être apportée à la mission sociale portée par les structures qui accordent des micro-crédits. Parmi les milliers d'acteurs présents dans le monde du microfinancement, notre association travaille exclusivement avec des partenaires à taille humaine présents sur le terrain :
- qui ne considèrent pas le micro-crédit comme une fin en soi mais uniquement comme un outil au service d'un objectif plus large (dans le cadre d'un programme de santé, de développement économique, de protection de l'environnement, de développement local...)
- qui s'adressent à des populations plus vulnérables, donc risquées et donc moins attractives financièrement (exclus socialement, enclavées dans la ruralité, handicapées et/ou atteintes de maladies).
- qui ont déjà été détectées et sont donc déjà accompagnées par des acteurs majeurs de la solidarité internationale (leur implication sur le terrain est une bonne garantie de la qualité des projets qui sont financés).
Au Sénégal par exemple, d'où nous venons de revenir, nos partenaires locaux sont des mutuelles accompagnées au quotidien par une association lyonnaise (ECIDEC), spécialiste du micro-crédit depuis plus de 10 ans, dans le cadre d'un programme de développement économique plus global mené par la Région Rhône-Alpes... En Casamance, nous sommes sur le point de monter un programme de micro-crédit à destination de personnes handicapées et accompagnées par Handicap International...
Bref, autant d'exemples qui nous permettent de rester persuadé que le micro-crédit peut encore être utile et efficace !
Pour en savoir plus sur nos actions : http://fr.xetic.org
Une petite vidéo de présentation de 3 minutes : http://fr.xetic.org/xetic-comment-a-marche/
Jérémy Camus
Secrétaire Général de Xetic