Dans les coulisses de la baisse du chômage
Guillaume Duval
Article Web - 03 septembre 2010
Le chômage a reculé de 0,2 point au deuxième trimestre 2010, pour s'établir à 9,7 %. Problème : cette baisse s'explique uniquement par le découragement des chômeurs qui renoncent à chercher un emploi.
Le 2 septembre dernier, l'Insee a rendu public les résultats de l'enquête emploi pour le deuxième trimestre 2010. Cette enquête importante − plusieurs milliers de personnes sont interrogées − est la source la plus fiable pour apprécier l'évolution de l'emploi et du chômage en France. La dernière vague a livré une bonne nouvelle : pour le deuxième trimestre consécutif, le chômage a reculé de 0,2 point, pour s'établir à 9,7 % de la population active en France (y compris les DOM) et 9,3 % si on ne considère que la France métropolitaine.
Mais si on analyse les raisons qui expliquent ce recul, on se rend compte que la nouvelle n'est en réalité pas aussi bonne qu'elle en a l'air. En effet, la proportion de la population âgée de 15 à 64 ans qui occupe un emploi n'a pas progressé depuis le premier trimestre 2010. Et elle a baissé de 0,4 % par rapport au deuxième trimestre 2009, au moment pourtant le plus aigu de la crise. La seule raison pour laquelle le chômage a diminué depuis le début de l'année, c'est que la part des 15-64 ans qui sont actifs, c'est-à-dire qui occupent ou recherchent un emploi, a baissé de 0,2 %. En un an, cette proportion a même diminué de 0,4 %… Il n'y a là rien de réjouissant : le chômage baisse uniquement parce que de plus en plus de personnes, découragées, renoncent à chercher un emploi…
Si on va plus loin dans l'analyse et qu'on cherche comment ces paramètres ont évolué pour les différentes tranches d'âge, la situation apparaît encore plus sombre. Si le chômage des jeunes a un peu reculé depuis un an, comme s'en réjouit le gouvernement, malgré une baisse de 0,4 % de leur taux d'emploi, c'est uniquement parce que leur taux d'activité, déjà très bas en France, a plongé de presque un point de pourcentage. Pour les 25-49 ans, si le recul du taux d'emploi de 0,4 % ne s'est traduit que par une hausse de 0,2 % du taux de chômage, c'est parce que là aussi le taux d'activité a significativement reculé. Il a même baissé de 0,4 % chez les hommes. Chez les plus de 55 ans, en revanche, ce taux d'activité a bondi de 0,4 %. C'est aussi la seule catégorie pour laquelle on observe une haussedu taux d'emploi depuis un an. Ce qui n'empêche pas cependant une augmentation parallèle du taux de chômage chez les plus de 55 ans. Cette hausse de l'emploi et de l'activité chez les plus de 55 ans résulte des réformes antérieures des systèmes de retraite et du durcissement des conditions de dispense de recherche d'emploi. On peut s'en réjouir du point de vue de l'équilibre financier des systèmes de retraite, mais on ne peut s'empêcher d'établir également un lien entre cette forte hausse des taux d'activité des plus de 55 ans malgré la crise et la baisse significative de ces mêmes taux d'activité chez les moins de 50 ans. Et se demander si, pour l'avenir du pays, une telle évolution est véritablement optimale…
Guillaume Duval
Article Web - 03 septembre 2010
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