Courrier des lecteurs de novembre 2009
Alternatives Economiques n° 285 - novembre 2009
J'ai lu avec attention l'article de Jacques Adda intitulé "Taxe Tobin:le retour", publié dans votre n° 284. Sans doute la notoriété de Lord Adair Turner en sa qualité de président de l'autorité britannique de régulation financière ou sa tonitruante appréciation relative à la spéculation financière qui ne joue "aucun rôle social utile" justifient-elles amplement de faire référence à ses analyses.
Cependant, je m'étonne que, sur un sujet comme celui-ci, un expert aussi averti que Jacques Adda ne fasse, ni de près ni de loin, renvoi aux travaux du conseil scientifique d'Attac-France. Je signale pourtant que, pour ne reprendre que les plus récents, on pourra trouver une présentation de ceux-ci dans le n° 23 de La lettre du conseil scientifique d'Attac-France (accessible sur www.france.attac.org/spip.php?article9732). On y accédera en effet au rapport Landau, à l'étude vraisemblablement la plus approfondie portant sur la seule taxe Tobin et à la FTT (Financial Transaction Tax) dans le cadre de l'étude détaillée produite par l'Institut autrichien de recherche économique.
En outre, quand Jacques Adda évoque les "biens collectifs globaux", je voudrais, là encore, rappeler qu'Attac travaille depuis des années sur ce qui s'appelle couramment les biens publics mondiaux (BPM). On pourra à cet égard se reporter à la publication la plus récente "De la fin des paradis fiscaux aux taxes globales" (accessible sur www.france.attac.org/spip.php?article9738).
Enfin, s'agissant d'utiliser les taxes globales en faveur, par exemple, de la microfinance, je préconiserais que cette "technique" qui ambitionne de faire entrer les pauvres dans les circuits bancaires soit débarrassée au préalable de ses défauts les plus criants: d'abord, ses taux qui obligent nombre de pays à adopter des mesures législatives particulières pour leur éviter de tomber sous l'accusation d'usure; ensuite, la durée des prêts qui, en moyenne, s'étale sur quelques semaines seulement; enfin, l'objet de ce microcrédit qui, au Sud, porte pour une part considérable sur du soutien de type familial (écolage, obsèques, etc.) et fort peu sur du soutien à l'activité économique. Jacques Cossart
Bien que je ne sois pas précisément sur la même ligne politique qu'Alternatives Economiques (…), j'en apprécie beaucoup la lecture, en particulier en raison des grandes qualités pédagogiques de vos articles. Au point que je n'hésite pas à dire que, même lorsqu'on prépare des concours de haut niveau, Alternatives Economiques peut avantageusement remplacer quantité d'excellents et très réputés manuels. C'est dans cette optique que je me suis abonné. En outre, tout en assumant sans complexe vos positions, vous évitez le plus souvent, mais hélas pas toujours, l'écueil du dogmatisme caricatural et du sectarisme ranci. (…) Bref, vos articles sont très souvent stimulants (…).
Malgré sa "une" vraiment trop militante, le numéro d'octobre est, comme d'habitude, très intéressant. En revanche, un article dont j'attendais beaucoup, intitulé "Obama bataille pour la santé", m'a vraiment laissé sur ma faim. Vous emboîtez le pas à tous les médias français qui, depuis un an, nous accablent de panégyriques angéliques et béats dès qu'il est question de Barack Obama. Quel retournement de situation, d'ailleurs! Comme notre perception des Etats-Unis a évolué en moins d'un an: Bush président, les Français avaient tendance à considérer les Américains comme des gens sympathiques, mais malheureusement pour eux dirigés par un imbécile inculte et réactionnaire. Aujourd'hui, on les voit plutôt comme des idiots égoïstes et méchants contre lesquels un gentil et courageux Président doit batailler pour faire adopter son ambitieux programme de réforme de la santé. (…)
Mais ma déception est plus fondamentale: plutôt que de lire les thèses éculées sur le délabrement du système de santé américain (n'étant pas un spécialiste, je ne conteste pas), thèses véhiculées par tous les médias sans exception, plutôt que de subir une énième charge contre la "droite populiste", j'aurais préféré qu'Alternatives Economiques, fidèle à sa vocation pédagogique, m'explique pourquoi ce projet de réforme suscite tant d'opposition aux Etats-Unis. Pourquoi de très nombreux Américains, et parmi eux beaucoup de démocrates, y compris au Congrès, (…) le critiquent férocement. S'il s'agit seulement d'améliorer la couverture médicale de ceux qui n'en bénéficient pas, et qui seraient donc 48 millions, (…) ce projet de réforme ferait-il autant débat? Je m'étonne qu'on puisse, même dans ce pays barbare que sont les Etats-Unis, manifester bruyamment contre un projet aussi généreux. Laisser entendre que les difficultés d'Obama ne seraient dues qu'à l'action des "grands labos pharmaceutiques" (…), lesquels manipuleraient les pauvres Américains et les parlementaires hostiles, c'est quand même un peu court. Non, l'opposition des Américains a certainement d'autres raisons, bonnes ou mauvaises, je ne sais pas, mais je comptais justement sur Alter Eco pour m'éclairer un peu. L'une des photos qui illustre l'article fournit peut-être un début d'explication: sur une pancarte brandie par une manifestante, on peut lire "Give me liberty, not debt". (…) C'est bien le problème de cette réforme qui pourrait (…) se solder par une aggravation des déficits publics (…).
Je ne prétends pas répondre ainsi à la question qui me tarabuste depuis qu'on nous parle de ce projet de réforme du système de santé américain. Mais, nulle part dans la presse (…), je n'ai pu lire d'analyse objective (…) sur la question. Espérons qu'Alternatives Economiques revienne donc prochainement sur le sujet! (…)
Alexis Choutet
"Ces choses-là sont rudes, il faut pour les comprendre avoir fait ses études." Comment ne pas évoquer ces vers de Victor Hugo en écoutant les arguments des partisans et des adversaires de la taxe carbone? Pour les uns, c'est une usine à gaz qui sera mal comprise, une punition pour ceux qui n'ont d'autre choix que celui d'utiliser leur voiture. Pour les autres, une ardente obligation si l'on veut vraiment changer les comportements.
Certes, les questions ne manquent pas. Pourquoi instituer une taxe dont le produit sera rendu aux Français? Cette taxe ne va-t-elle pas peser davantage sur les ménages les plus modestes? Et puis, une taxe, même si elle apparaît comme la mesure phare du pacte écologique, sera toujours une taxe, donc forcément impopulaire. Pour autant, on ne peut refuser cette taxe au seul motif qu'elle est douloureuse financièrement. Alors, essayons de dépasser la dimension purement fiscale pour mesurer les vrais enjeux.
Le premier enjeu est celui de l'équité et des modes de compensation. Il est capital que les mécanismes de compensation, de redistribution, soient clairement en faveur des familles les plus modestes. Toute redistribution intégrale, totale, serait socialement injuste. Si, en dépit de la complexité des mesures envisagées, une compensation efficace vient corriger l'injustice sociale du prélèvement, alors, mais alors seulement, cette taxe sera socialement acceptable.
Le deuxième enjeu est celui des comportements: si on accepte enfin de regarder les choses en face, la taxe carbone apparaîtra bien comme une réforme essentielle. Non pas seulement une réforme fiscale, mais une réforme de société. C'est-à-dire une réforme qui vise à modifier nos habitudes et nos comportements. Allons-nous enfin assumer une transformation concrète des comportements au nom de la responsabilité environnementale? Il est évident que, de ce point de vue, une redistribution totale du produit à tout le monde serait contraire à l'objectif visé.
Le troisième enjeu est celui de la planète: il est évident que nous ne pourrons pas sauver la planète seuls. L'Amérique doit prendre aussi des mesures. Et puis quid de la volonté de "mieux vivre" des populations de l'Inde et de la Chine? Qui osera leur dire que le superflu, dont nous avons tant profité, n'est pas pour elles. Indifférent aux cris de la misère, aux menaces écologiques, aux désordres économiques, le monde, comme fasciné, assiste en spectateur à la mise en place des conditions de son propre suicide. Qui sonnera le réveil?
Jacques Vuillemin
En lisant l'article de Denis Clerc sur "Les trois temps des inégalités" dans votre hors-série consacré à "L'économie de marché" [hors-série n° 77, 3e trimestre 2008], j'ai réalisé qu'il y a quelque chose que je ne comprends pas.
En effet, l'article prétend que les inégalités diminuent. L'exemple y est pris d'un manoeuvre de 1830 qui gagne 45 fois moins qu'un conseiller d'Etat. En 1980, le manoeuvre ne gagnerait que 7 fois moins que le conseiller d'Etat. D'où la baisse des inégalités. C'est indéniable. Mais il faudrait rajouter baisse des inégalités relatives. Ce qui change tout.
En effet, supposons qu'entre 1830 et 1980 le manoeuvre voie son salaire multiplié par dix. Prenons des chiffres symboliques: s'il touchait 1 000 francs par mois en 1830 (en francs 1980), il en touche alors 10 000 en 1980. Comme le conseiller d'Etat touchait 45 fois plus en 1830, il touchait 45 000 francs par mois. Comme ce même conseiller (quelle longue vie!) touche 7 fois plus que le manoeuvre en 1980, il gagne 70 000 francs par mois en 1980. Donc l'écart entre les salaires est passé de 44 000 francs par mois en 1830 à 60 000 francs par mois en 1980. Donc les inégalités absolues ont augmenté entre 1830 et 1980, même si les inégalités relatives ont baissé.
Cette incompréhension me rappelle celle que j'avais devant les comparaisons de produits intérieurs bruts (PIB) entre pays à richesse incomparable. Par exemple, entre la Chine et la France. La Chine étant bien plus pauvre que la France, il est logique que son taux de croissance soit bien supérieur à celui de la France (comparaison relative). Pour autant, un point de croissance français représente toujours bien plus d'argent qu'un point de croissance chinois (comparaison absolue). J'entends désormais de plus en plus d'économistes rectifier le tir sur la portée des comparaisons de croissance entre pays à fortes disparités de richesse et je m'en réjouis.
L'étude des inégalités relatives (ou de la croissance relative) est certes intéressante et amène bien des informations, mais l'étude des inégalités absolues (ou de la croissance absolue) est bien celle d'intérêt pour étudier le ressenti des gens par rapport à ces mêmes inégalités (croissance).
Christophe Bousquet
Alternatives Economiques n° 285 - novembre 2009
-
Abonnement et réabonnement
-
J'achète un numéro -
Inscription à la newsletter -
Forfait de consultation de 30 articles pendant 48H -
Extension d'accès aux archives -
Cédérom d'archives -
Mon espace personnel -
Tous les livres de la collection Alternatives Economiques
-
Collection pédagogique
- Qui sommes-nous ?
- L'association des amis d'Alternatives Internationales
- Conditions générales de vente



























Commenter cet article










