Corée du Nord : les chambres à gaz de Kim Jong Il
Antoine de Ravignan
Alternatives Internationales n° 013 - mars 2004
Kwon Hyok est l'un des milliers de Nord-Coréens réfugiés à Séoul. Contrairement à ses compatriotes, il n'a pas fui la misère et la peur. Il est l'un des rares cadres de l'appareil répressif à avoir fait défection, et dont le témoignage accablant, recueilli il y a peu par un journaliste de la BBC, éclaire la réalité des camps de concentration en Corée du Nord.
Kwon Hyok était, au milieu des années 90, le chef de la sécurité du camp n°22, près de la frontière russe. Il reconnaît y avoir torturé. Il a aussi été le témoin d'expérimentations d'armes chimiques sur des hommes, des femmes et des enfants enfermés dans des chambres à gaz. "Je n'éprouvais aucune compassion. On m'avait appris à penser que ces prisonniers étaient des ennemis de la nation, qu'ils méritaient la mort." Kwon Hyok précise que ces expériences faisaient l'objet d'ordres écrits, dont un spécimen, volé par un prisonnier, a pu sortir du pays, corroborant ces informations.
Le camp 22 est l'un des sinistres kwan-li-so, colonies de travail forcé situées à la frontière nord du pays, où meurent lentement 150000 à 200000 personnes, selon le rapport qu'a publié récemment le Comité américain pour les droits de l'homme en Corée du Nord. Son auteur, David Hawk, ex-enquêteur des Nations unies et ancien d'Amnesty, a pu localiser ces camps via des images satellite et en décrire le fonctionnement grâce à une trentaine de témoignages de rescapés et d'anciens gardiens. A la différence des camps de "redressement" ou des prisons où échouent ceux qui, poussés par la faim, ont voulu fuir le pays, on ne sort pas d'un kwan-li-so. Toute personne suspectée de dissidence, ainsi que sa famille entière, y est incarcérée à vie, contrainte à douze heures de travail sept jours sur sept et condamnée à mourir d'épuisement, de sous-alimentation, de tortures.
Malgré l'évidence, Pyongyang continue de nier ses goulags. Et il est à craindre que la communauté internationale soit encline à fermer les yeux, à l'heure de la reprise des négociations sur le contrôle des capacités nucléaires du "royaume ermite".
Antoine de Ravignan
Alternatives Internationales n° 013 - mars 2004
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