Commerce inéquitable. Le roman noir des matières premières Par Jean-Pierre Boris
Hachette Litttérature-RFI (185 p., 17 euros)
Philippe Ortoli
Alternatives Internationales n° 025 - juin 2005
"Le commerce au service du développement!" A lire l'essai percutant de Jean-Pierre Boris, journaliste à RFI, ce dogme libéral de l'OMC sème le malheur dans les pays producteurs de matières premières agricoles. L'analyse n'est pas nouvelle mais, d'une plume tonique, l'auteur écrit le "roman noir des matières premières", en l'occurrence de cinq d'entre elles, le cacao, le café, le coton, le riz et le poivre. Principal accusé des ravages sociaux provoqués par l'instabilité des cours: le "tsunami libéral" qui submerge les marchés depuis la fin des années 80. L'échec des accords internationaux sur les prix impulsés dans les années 70 par la Cnuced, les revers des cartels de producteurs incapables de respecter leurs quotas, la faillite des caisses nationales de stabilisation victimes de corruption et de surproduction ont laissé la place à la loi du plus fort. Celle des multinationales, comme Nestlé, dont Jean-Pierre Boris démonte avec brio la course au prix le plus bas dans le café. Celle des fonds de pension américains qui misent maintenant sur les marchés à terme des matières premières où ils sont devenus, selon lui, dominants. Celle des producteurs eux-mêmes, comme le Vietnam, qui a fait irruption sur les marchés du poivre et du café en quelques années. Comme le Brésil aussi, en passe de damer le pion à l'Afrique cotonnière engagée dans un combat désormais dépassé contre les subventions américaines. Au fil des ans, les paysans sont laminés par la course au rendement menée par les grandes exploitations, poussés parfois vers la culture de la coca ou du pavot pour survivre, comme c'est le cas en Colombie, en Thaïlande et aujourd'hui en Côte d'Ivoire. Un dommage collatéral oublié dans ce livre qui mesure par ailleurs brillamment l'impact économique et politique des soubresauts des cours.
"La crise ne fait que commencer. Si rien n'est fait, l'instabilité des cours sera croissante", prédit Jean-Pierre Boris en conclusion de son ouvrage. Il serait "suicidaire" pour la planète de s'en désintéresser, affirme t-il, en réclamant des mesures de protection des paysans. Et de suggérer d'associer la centaine de millions de caféiculteurs aux bénéfices des multinationales. De créer des taxes aux importations alimentant une caisse mondiale de péréquation pour les autres planteurs. Car il n'est pas possible à ses yeux de "prendre de front le libéralisme ambiant, tant est puissante la vague qui déferle".
Dommage que ne soit jamais esquissé le lien entre ouverture des frontières, ruée vers les "cultures de rente" en période de hausse et mal-développement du reste de l'agriculture. Dommage aussi que Jean-Pierre Boris s'en prenne aussi férocement à ce qu'il appelle le "mirage" du commerce solidaire qui, en dépit de limites dont le très faible impact macroéconomique d'une démarche reposant sur la seule bonne volonté des consommateurs, est aussi un instrument de pression en faveur de régulations publiques. Au Nord, le commerce équitable contribue à sensibiliser l'opinion sur la question des matières premières. Au Sud, il a souvent permis à des organisations paysannes de renforcer leurs capacités de négociation vis-à-vis des opérateurs privés et administrations locales.
Hachette Litttérature-RFI (185 p., 17 euros)
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