Commerce équitable : Le coton labellisé
Céline Boileau
Alternatives Internationales n° 024 - mai 2005
Chocolat, café, sucre, bananes… Grâce à l'action de Max Havelaar France depuis 1992, de nombreux produits alimentaires équitables sont vendus dans les supermarchés hexagonaux. A l'occasion de la 5e édition de la Quinzaine du commerce équitable (30 avril-15 mai), l'association labellise un nouveau produit: le coton . Neuf marques dont Celio, Kindy et La Redoute, se sont déjà engagées à distribuer des vêtements en coton équitable. Le lancement d'un produit non-alimentaire est une première dans l'histoire de ce type de commerce. Et c'est une association française qui en a eu l'initiative, malgré la piètre performance du pays en la matière: en2003, un Français n'y avait consacré que 63centimes en moyenne contre 14 euros pour son voisin Suisse (voir AI n° 18).
La chute des cours, la plainte portée à l'OMC en 2002 par les pays producteurs contre les subventions américaines aux exportations, mais aussi les liens historiques et culturels tissés entre l'Afrique de l'Ouest et l'Hexagone ont poussé Max Havelaar France à s'intéresser au coton. D'autant plus que les Français sont a priori plus sensible au sort des cultivateurs africains qu'aux caféiculteurs d'Amérique du Sud. L'argument de la proximité a du reste fait mouche auprès du ministère des Affaires étrangères qui a financé l'opération à hauteur de 610 000 euros.
Comme pour les autres produits, Max Havelaar garantit un prix fixe aux paysans bien supérieur aux cours du marché. Pour le coton, il a été établi en concertation avec les producteurs, à 41 centimes le kilo, pour un cours actuel de 26 centimes. Malgré le surcoût de production lié au cahier des charges et aux frais de certification, la différence de prix reste attractive pour les producteurs. Non seulement elle améliore leur niveau de vie, mais elle leur offre la possibilité de se projeter sur le long terme.
Aujourd'hui, 3 000 paysans au Sénégal, au Mali, au Cameroun et au Burkina Faso, organisés en groupements de producteurs sous contrat, bénéficient de cette nouvelle filière, dans une région où cette culture fait vivre 10 à 15 millions de personnes. Pourtant, le risque d'instaurer un système à deux vitesses existe: une minorité profitant des conditions équitables et une majorité en étant exclue. Cette difficulté n'est pas propre au coton. En revanche, celui-ci passe par une chaîne de fabrication plus longue (filature, tissage, confection) que celle des produits alimentaires. Et les faibles capacités industrielles locales amènent l'essentiel de la valeur ajoutée à se réaliser hors d'Afrique. Certes, l'octroi du label suppose que les conventions de l'Organisation internationale du travail soient respectées d'un bout à l'autre de la filiière. Mais sur un tee-shirt équitable vendu 15 euros, 3% reviennent sur le continent noir. Pour résoudre ce problème, Max Havelaar envisage déjà la filature au Mali ou la production de tee-shirts au Sénégal.
Max Havelaar, 41, rue Emile Zola 93107 Montreuil Cedex. Tél.: 01 48 70 07 68, web: www.maxhavelaar.fr
Céline Boileau
Alternatives Internationales n° 024 - mai 2005
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