Al Jazeera. Liberté d'expression et pétromonarchie
PUF (286 p., 20 euros).
Naïri Nahapétian
Alternatives Internationales n° 052 - septembre 2011
Une chaîne d'information pluraliste, financée par une pétromonarchie : Al Jazeera est un objet paradoxal, auquel la politologue Claire-Gabrielle Talon consacre un livre passionnant. Malgré de timides réformes menées par la famille régnante, le Qatar demeure un Etat rentier, oligarchique et clientéliste. Certes, la concurrence entre les clans qui dominent le pays ouvre une brèche pour la rédaction d'Al Jazeera. Mais sa liberté de ton s'explique surtout par ses origines. Elle a été créée en 1996 par des journalistes du service arabe de la BBC, marqués par les pressions saoudiennes visant à brider leurs voix. Ainsi, Al Jazeera ambitionnait de contrer l'influence d'une monarchie concurrente, l'Arabie saoudite, et aussi de critiquer la pseudo-objectivité du journalisme occidental. Pour autant, son indépendance éditoriale a souvent été mise à mal. En 2003, lors de l'intervention en l'Irak, l'administration Bush a fait pression pour obtenir une couverture moins anti-américaine des événements. Des épisodes traumatisants pour les journalistes, qui ont institué par la suite des garde-fous afin d'autonomiser la rédaction du conseil d'administration de la chaîne. Dès 2004, les Frères musulmans égyptiens ont étendu leur influence au sein d'une rédaction dominée par des jordano-palestiniens laïcs. Mais celle-ci n'a pas entaché son pluralisme, qui s'est illustré par sa couverture des révolutions arabes.
PUF (286 p., 20 euros).
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