Afghanistan: des milices rurales contre les talibans
Alternatives Internationales n° 047 - juin 2010
Huit ans après le début de la guerre, les Occidentaux découvrent l'importance de bien connaître les sociétés locales dotées d'institutions tribales dont se compose en partie l'Afghanistan, estime Seth G. Jones, expert auprès du think tank américain RAND Corporation, dans Foreign Affairs. A ses yeux, l'échec des forces alliées s'explique par l'influence des "centralisateurs", ces experts qui pensent que le retour à la stabilité passe par l'établissement d'un Etat central doté d'une armée, d'une justice et d'une police nationales… Or la stabilité en Afghanistan a toujours reposé sur une structure fortement décentralisée, où même le maintien de l'ordre était assuré par des institutions locales "privées". Jones observe que ces dernières existent toujours et que les alliés peuvent y trouver un appui - à condition de négocier avec chaque responsable local et d'exploiter les griefs de la population locale contre les talibans, comme leur corruption. Une stratégie en partie déjà déployée avec le programme "Local Defense Initiative" qui fournit de l'aide matérielle à des milices villageoises.
Une étude récemment publiée par le chercheur français Gilles Dorronsoro conteste cette analyse, estimant qu'en dehors de la région Est, "il n'y a pas de "structures" tribales, mais des groupes fluides dont les leaders ont une légitimité réduite et qui ne constituent pas des alliés très utiles pour la coalition" (1).
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