Prévision d'une évolution économique à venir afin de prendre aujourd'hui les décisions les mieux adaptées à cette évolution prévue: le niveau d'un prix, d'une récolte, l'évolution de l'activité économique, le résultat d'une élection, etc. Mais toute anticipation est forcément entachée d'incertitude: même si l'on a toutes les raisons de penser que la situation évoluera de telle manière, il existe mille grains de sable potentiels qui peuvent contribuer à modifier les choses du tout au tout. C'est pourquoi toute anticipation est toujours un pari plus ou moins raisonné.
Commentaire: Lorsque le terme est mis au pluriel («les anticipations»), il désigne la représentation commune (ou dominante) de la situation économique à venir que se font les agents concernés. Certaines anticipations peuvent engendrer des comportements «autoréalisateurs»: par exemple si les anticipations concernant le cours d'une monnaie ou d'un titre coté sont plutôt haussières (les agents concernés s'attendent majoritairement à une hausse), certains vont acheter cette monnaie ou ces titres, soit à titre de précaution car ils préfèrent acheter maintenant plutôt que lorsque la monnaie ou le titre coûtera plus cher, soit à titre spéculatif (j'achète maintenant afin de revendre quand les prix auront monté). Mais ce volume accru d'achats tend à faire monter le cours de la monnaie ou des titres, ce qui valide les anticipations. Il en est de même pour les anticipations de type conjoncturel: si une majorité d'agents s'attendent à ce que la conjoncture se dégrade, ils adopteront des comportements anticipateurs (réduction des investissements prévus, par exemple) qui aboutiront à réaliser les anticipations. C'est en partie sur ce mécanisme «autoréalisateur» que Keynes s'est appuyé pour expliquer les mouvements cycliques d'une économie de marché et justifier l'importance d'une intervention correctrice de l'Etat, seul acteur capable d'agir massivement de façon à démentir les anticipations. On parle aussi de prophéties autoréalisatrices.