«Nous partons de la demande des personnes en situation de précarité»
La lettre de l'insertion n° 130 - novembre 2006
Jean-Marc Laffite, directeur de l'association Transfer
En quoi consiste la méthode IOD et comment est-elle diffusée ?
IOD est une méthode qui vise l'intégration durable de personnes en situation de précarité par des emplois classiques et dans des entreprises du secteur marchand.
Elle consiste à partir de la demande de ces personnes selon le principe que nul n'est inemployable et, en simultané, à prendre en compte celle des responsables d'entreprise qui sont à la recherche de solutions concrètes pour recruter et fidéliser leurs collaborateurs (voir « Sur le terrain »). Les promoteurs de cette méthode ont d'abord réalisé plusieurs expériences dans les années 80 en Aquitaine, auprès de jeunes en situation de difficulté. Beaucoup d'associations ont alors exprimé de l'intérêt pour IOD, si bien que, au début des années 90, l'association Transfer a été créée pour proposer cette démarche et accompagner les structures souhaitant la mettre en oeuvre. Aujourd'hui, plus de 80 projets s'y réfèrent dans toute la France. Ils sont portés par des structures aux activités diverses : éducation permanente, actions socio-éducatives, insertion, formation, hébergement, CHRS, Plie, etc.
La méthode a beaucoup évolué depuis ses débuts. De quelle manière ?
Premier changement, nous avons décidé, en 1999, de recentrer nos missions vers les publics dans les situations les plus précaires, ce qui a amené les sites IOD à développer davantage leurs partenariats avec des services sociaux, à côté d'autres partenaires tels que les missions locales, l'ANPE, les associations humanitaires, etc. Nous sommes également devenus plus intransigeants sur le type de contrats de travail que nous recherchons. Nous nous sommes aperçus que les contrats à durée limitée, majoritaires sur notre marché du travail, constituaient rarement un tremplin vers l'emploi stable. En outre, ils ne correspondent pas à ce que souhaitent nos publics. Si bien que nous ciblons désormais prioritairement les contrats à durée indéterminée à temps complet. Enfin, le cadre de coopération avec nos partenaires a fortement évolué, nous permettant de sortir d'une relation trop déséquilibrée, pour davantage de constructions communes. Aujourd'hui, le rôle de chacun est mieux posé, évitant ainsi de nombreuses confusions.
Vous avez également cherché à mieux vous adapter aux contextes locaux.
Effectivement, nous essayons de prendre davantage en compte l'environnement des équipes IOD : la ligne managériale de la structure, ses financements, sa culture, ses hypothèses de travail, etc. Il s'agit en effet d'éléments qui peuvent être favorables ou défavorables à l'action : par exemple, comment tenir un objectif de maintien en emploi durable quand des conventions financent seulement le placement ? Aujourd'hui, IOD n'est plus une méthode à appliquer stricto sensu, mais plutôt un cadre de référence pour les acteurs locaux. Ce cadre s'enrichit par la confrontation à leurs expériences et analyses. C'est avec le même souci d'amélioration constante de notre action que nous avons adopté une démarche d'évaluation permanente. Nous avons mis en place des indicateurs renseignés par tous les partenaires locaux (l'équipe IOD, les services sociaux, les financeurs), qui doivent régulièrement être portés à la connaissance de chacun d'entre eux.
Propos recueillis par Camille Dorival
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