« L'IAE participe à un élargissement du champ du travail social »
Propos recueillis par Naïri Nahapétian
La lettre de l'insertion n° 140 - octobre 2007
Comment analysez-vous l'apparition de l'insertion par l'activité économique (IAE) dans l'évolution du travail social ?
Depuis ses origines, au XIXe siècle, jusqu'au milieu des années 70, le travail social concernait les personnes qui étaient provisoirement ou définitivement dans l'incapacité de travailler. Mais avec le tournant économique des années 70, le clivage entre ces personnes et celles intégrées au marché du travail s'est brouillé, puisqu'on a vu apparaître de plus en plus de gens qui, bien que n'ayant pas « d'incapacités », ne trouvaient pas d'emploi. L'IAE s'est déployée dans ce contexte, pour accompagner les personnes qui ne trouvaient plus leur place dans l'ordre salarial. Elle participe donc à un élargissement du champ du travail social à de nouveaux publics, en réponse aux transformations liées à la montée de la précarité du travail et de l'insécurité sociale. Elle s'inscrit de ce fait dans les modifications des modes d'action de l'Etat-providence, et dans ses politiques plus territorialisées et partenarialisées, comme la politique de la ville, par exemple. Là où le travail social était, avant 1975, un auxiliaire de l'action de l'Etat social, l'IAE est souvent issue d'initiatives de terrain soutenues par les pouvoirs publics.
Pourquoi ce qui était prévu comme étant une étape d'insertion temporaire a-t-il tendance à durer, quels en sont les effets, et comment faire face à cela ?
Ces situations intermédiaires qui, aux yeux des promoteurs des politiques d'insertion au début des années 80, devaient être provisoires, se sont souvent avérées durables, de même que la crise économique et sociale des années 70 n'était pas une turbulence passagère. Or, ces nouvelles formes d'intervention sociale dont l'IAE est représentative sont fondées sur l'idée d'impliquer les publics aidés dans leur réinsertion. Avec le développement des notions de « contrat » et de « projet », les pouvoirs publics tentent ainsi d'inscrire dans la relation avec les personnes soutenues l'idée d'une contrepartie, qui est le plus souvent une exigence de progrès. Cette démarche peut être positive si elle participe au souci d'être plus proche des usagers des services d'insertion et de sortir d'une logique bureaucratique de guichet. Elle s'accompagne néanmoins d'un risque, qui est d'en demander beaucoup à des personnes qui ont peu de ressources et peuvent se trouver ainsi culpabilisées quand elles n'arrivent pas à « s'en sortir », leur difficulté à entrer dans une logique de contrepartie les renvoyant alors douloureusement à leurs « déficiences ». De même, les travailleurs sociaux qui les accompagnent peuvent se retrouver à gérer des injonctions contradictoires, entre leur mission sociale et une obligation de résultats d'autant plus difficile à satisfaire que leur action s'inscrit dans un contexte général toujours marqué par un chômage de masse. Face à ce risque, il n'y a qu'un garde-fou, qui est la référence au droit. L'usager d'un service social est un citoyen qui a le droit d'être aidé, et pas seulement un client dans un système de contrepartie s'inscrivant dans un schéma libéral.
Retrouvez une version longue de cet entretien dans le hors-série pratique L'insertion au service de l'emploi.
Propos recueillis par Naïri Nahapétian
La lettre de l'insertion n° 140 - octobre 2007
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